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Le sortilège de Philémon Cimon

Le sortilège de Philémon Cimon

1053262-femmes-comme-montagnes-philemon-cimonCe mercredi 9 décembre, je suis allée aux Trois Baudets, ma salle fétiche, mon QG, pour mon plaisir personnel. Je m’y suis rendue les mains dans les poches, sans carnet ni appareil photo, comme cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Cependant, quand je fais la découverte d’artistes qui m’ont séduite, la chroniqueuse que je suis reprend le dessus. Je me sermonne intérieurement d’avoir voulu y aller en mode touriste, mais me console, car mes dix doigts, eux, peuvent toujours retranscrire cette soirée. Parce qu’une claque artistique, ça se partage. La passer sous silence serait passible d’arrestation de la part de la B.A.C, je ne voudrais pas prendre le risque !

Philémon Cimon, son nom est une allitération, comme une mise en bouche de ses propres textes. Il nous vient d’outre-atlantique, a l’exotisme du froid canadien et de la chaleur cubaine. Il a dans la bouche, ce drôle d’accent, rendant les syllabes plus modulées que les nôtres. C’est charmant ! Intriguant personnage, aux influences multiples, à la fois par ses lectures et ses voyages.

La scène était bien remplie aux trois baudets, comme souvent quand des artistes ont déjà leur public. Le chanteur était équipé d’une belle petite Guild Starfire couleur cherry, de quoi flatter l’œil, mais aussi l’oreille. Elle a le charme authentique des sonorités blues, pleines de caractères. Il était accompagné d’un second guitariste et d’un bassiste. Si ses trois albums, Session cubaine, L’été et Les femmes comme des montagnes sont riches en instruments, leur absence en modifie les morceaux, ce qui n’est pas déplaisant. Sans violon, saxo et synthétiseur, le set se fait plus dynamique. La batterie, qui ne fait pas non plus partie du décor, le rend intéressant puisque toute la rythmique est créée par les cordes.

Philémon Cimon a commencé avec Soleil Blanc, premier titre de son second album. Quelques vocalises pour faire connaître sa voix, voix qui flirte avec les aiguës, joue avec les variations. Comme –M – il en fait sa marque de fabrique, amenant un aspect aérien et déchiré, entre force et fragilité. Le regard droit, quelque chose de fort se dégage de sa personne, révélant une ambiguité. Agressive et délicate, l’incarnation est belle. Il intrigue son public, puis le captive. Il crée la surprise avec ses textes et c’est cela qui termine de nous convaincre. Si Philémon Cimon parle d’amour, il en évoque toute son étrangeté, ses perversions, ses souvenirs. Il fait resurgir des images et des sensations. On s’imagine, se projette et vivons les instants qu’il chante comme s’ils étaient les nôtres.

philémoncimon1200x800Les paroles de l’artiste se font parfois simples, répétitives, mais toujours poétiques. J’ai confiance incarne une belle philosophie de vie, celle que nous devrions tous avoir. Si la tristesse des paradis perdus semble être le maître d’inspiration de Philémon, il y a toujours un certain bonheur qui s’y cache, comme s’il était capable de dénicher ce qui fait la beauté de l’existence. Il transforme la banalité d’un quotidien en des mots forts et éclatants. « Ta peau d’agneau est remplie d’cicatrices / Qui s’parlent toutes seules, toi tu t’fermes la gueule / T’aurais fait naître un beau bébé d’or / Mais on t’l’a tué avant qu’tu puisses le voir » (Chanson à un ami). Sur un titre comme Eve, les paroles interrogent : « Ce soir, je te fais l’amour / pour une dernière fois / tu es ma sœur n’oublie pas.» Le rythme langoureux donne à ces propos dérangeants, un esthétisme et nous invite à les interpréter, davantage qu’à les prendre au pied de la lettre. Ce songwriter est ainsi : il ne laisse pas indifférent.

Les mots de Philémon Cimon savent se faire discrets, laissant davantage d’espace aux instruments. Ces silences sont appréciés car ils leur donnent une valeur double, tandis que les murmures font ressortir le trouble. Sa musique se ressemble et à la fois n’est jamais la même, toujours sur le fil de l’émotion et du sensible. On s’en abreuve, sans s’en lasser.

Généreux, il nous a communiqué son énergie et sa force à travers ses mimiques et sa gestuelle, son jeu à la guitare. Il nous a pansé le cœur avec ses Soleil Blanc. Et même lorsque les lumières se sont rallumées, l’enchantement s’est prolongé. Philémon Cimon dit Jeter des sorts. Ce soir, il nous en a une fait une belle démonstration : sa musique est un coup de cœur.


 

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deborah-galopin@live.fr

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