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Bastien Lucas, félin pour nous

Bastien Lucas, félin pour nous

Ce lundi 7 décembre 2015 débutait la 3ème édition du Festival Aurores Montréal. Aurores Montréal est un festival parisien qui se déroule sur 6 jours, du 7 au  12 décembre, et qui vise à promouvoir les scènes émergentes canadiennes. Au total, ce sont 14 artistes qui monteront sur les planches du Pan Piper, du Divan du Monde, du Centre Culturel Canadien, de la Gaîté lyrique et de l’Alliance française. Quatorze artistes, dont 10 en provenance des Amériques donc (Daran, Mathieu Lippé, Emile Proult-Cloutier, Ariane Moffatt, Safia Nolin, Paupière, Alejandra Ribera, Melissa Laveaux, Misteur Valaire, Elliot Maginot) et 4 artistes provenant de l’Hexagone (Bastien Lucas, Katel, Hyppocampe fou, Phases cachées). Parce que bon, quand même.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

L’ouverture du festoche, ce lundi soir donc, revenait à Bastien Lucas. En première partie de Daran. Bastien est auteur / compositeur / interprète de son état et Pic d’Argent 2015, notamment, pour te dresser un petit bout de son CV. J’avais eu l’occasion de voir Bastien aux Trois Baudets au printemps 2014, dans la foulée de la sortie de son EP de 4 titres, préfigurant son prochain album, L’autre bout du globe. Réalisé et arrangé par Daran. Tiens tiens, déjà lui… J’avais bien senti une qualité musicale et un goût pour le mot monté en mayonnaise mais j’étais resté somme toute assez insensible. Pas franchement convaincu. Comme je ne suis pas homme à camper sur un jugement fondé sur une expérience unique, je voulais absolument revoir le gars Lucas sur les planches. J’avais donc pris date depuis un lustre de ce passage en première partie de Daran. Tu veux que je te dise ? J’ai bien fait de venir. Et tu vas voir que même les imbéciles peuvent changer d’avis.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Une bonne partie des morceaux interprétés lundi soir figuraient sur la setlist de juin 2014 (Félins, Jamais toujours, Un train peut en cacher un autre et Autant), dans la salle du Boulevard de Clichy. Certes. « On n’a pas arrêté d’ajuster les arrangements. Rien de radical, mais plein de petits détails qui à force, on l’espère, améliorent le propos » explique Bastien Lucas. Et ces petits détails, cette exigence à remettre inlassablement le travail sur le métier, ont fini par payer. Si le diable – dit-on – se cache dans les détails, il faut désormais admettre que la beauté aussi. Là où, dans les compositions, l’on sentait comme un élitisme qui n’est pas toujours flatteur en chanson, Bastien a gagné en simplicité et par la même occasion en musicalité. Il a rendu ses mélodies accessibles au plus grand nombre. Dont je fais partie.

Du coup, l’émotion s’installe, la voix se fait juste son vecteur. Elle prend le sillon de la mélodie pour sortir claire et simplement. Avec une élégance, une finesse, un léger décalage, une voix plutôt aiguë qui ne sont pas sans évoquer Albin de la Simone ou Mathieu Boogaerts. Mais que l’on ne s’y méprenne pas, Bastien Lucas n’a rien du plagiaire. Diplômé en musicologie, en artiste exigeant, le fac-similé ne l’intéresse pas. Il est bien davantage un artiste aux influences nombreuses mais pleinement digérées. Rien ne se perd, tout se transforme. Ce célèbre adage est peut-être celui qui colle le mieux à Bastien. Bastien a construit sa culture musicale tous azimuts. The Divine Comedy, Duncan Sheik, Nickel Creek, Daran, Mathieu Boogaerts, Les Innocents, Gabriel Yacoub, Johannes Brahms, Gabriel Fauré, The Cardigans, Sting, Keziah Jones, Elliott Smith, Cake, Dick Annegarn, David Linx, Alexander Borodine et encore pas mal d’autres figurent au rang de précepteurs chez Bastien Lucas.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Pas mal d’autres et parmi ceux-là, j’en citerai encore deux qui me semblent être de vrais piliers de l’oeuvre de Bastien Lucas. Des figures tutélaires. William Sheller et Francis Cabrel. Tu veux une preuve ? Ecoute le morceau en live que je t’ai filmé au Pan Piper. Le morceau s’intitule Félins. Bon tu verras qu’au début Bastien a eu un petit problème avec sa guitare, ça fait un « couac » parce qu’elle a failli tomber par terre mais j’ai un peu rattrapé le coup au montage. Ce sont les aléas du live et puis c’est vraiment cette chanson que je voulais te montrer pour illustrer mon propos. Les intonations renvoient au cher Albin dont je causais plus haut, la fine plume qui se joue du mot et de ses sens fait davantage penser au Boogaerts de même sus-nommé mais la construction musicale et l’interprétation affichent clairement une sorte de manifeste, une manière de livret de famille dont Sheller et Cabrel seraient les darons.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Bien souvent, les enfants cherchent à s’émanciper. C’est même essentiel de tuer le père. Quand t’as fait un peu de psy, ça t’apparait comme une évidence. Je ne sais pas si Bastien a tâté du Freud mais il en a retenu la leçon. Si l’on sent donc chez lui des réminiscences de la grand-mère à moustache, si l’on tétouille un peu le ketchup du hamburger de monsieur William, il n’en demeure pas moins que Bastien passe un coup de sulfateuse sur le moule des anciens. Sans s’inscrire précisément dans une veine spécifique, il oscille entre morceaux calmes et dépouillés à la guitare (assisté aussi dans l’exercice de son compère Thomas David) et morceaux plus riches et plutôt plus électro qu’il envoie derrière son clavier. Progressivement, Bastien construit son univers, l’assoit, le peaufine en musicien éclairé qu’il est.

Je t’ai annoncé plus haut qu’un nouvel album est en préparation et qu’il sera réalisé par Daran. Il comprendra 11 titres dont les 4 parus début 2014. Comme je te sais un peu curieux et que tu as bigrement raison de l’être, j’ai demandé à Bastien si on pouvait espérer entendre cet album prochainement. Il m’a répondu qu’ « il reste les cordes à enregistrer, sans doute en février. Ensuite, on m’a dit de compter un mois pour le mix parce qu’il va se faire à distance et selon les dispos. J’aurai donc la musique, je l’espère, pour mi-avril. A partir de là, je referai un petit tour de démarchage de partenaire. Soit j’en trouve un et je suis son calendrier, soit je reste seul et je le sors par moi-même. Dans les deux cas, je pense que ce ne sera pas avant la rentrée 2016. » On va attendre un peu donc mais on retournera voir Bastien sur scène parce que je pense que le garçon n’a pas fini de nous surprendre.


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