HomeInterviewsFilip Chrétien : « Les chansons gaies m’ennuient »

Filip Chrétien : « Les chansons gaies m’ennuient »

Filip Chrétien : « Les chansons gaies m’ennuient »

Un an après Dia a dia, très bel album aux sonorités pop, Filip Chrétien récidive avec Les traces qui sortira le 23 octobre prochain. Un nouvel opus écrit et composé rapidement, comme pour répondre à une urgence à dire et raconter ses « traces. » Le tout emballé dans des arrangements de grande classe. Un très beau disque. Filip répond à notre hexagonale investigation.

Photo Jérôme Sevrette

Photo Jérôme Sevrette

Hexagone : Peux tu commencer par me parler de Philippe ? D’où vient-il ? Quel a été son parcours dans le civil ?
Filip Chrétien : Je suis né en 1970, à Rennes. Mes parents étaient instituteurs dans un village proche (Vezin le Coquet). J’ai grandi dans ce village que j’ai d’ailleurs quitté assez tôt pour aller suivre des études d’ébénisterie, à Auray dans le golf du Morbihan. J’étais en internat à l’âge de 13 ans. Au départ, je voulais être luthier mais à l’époque nous n’avions pas trouvé d’école. Je n’ai finalement pas exercé le métier d’ébéniste très longtemps, je ne me sentais pas vraiment à ma place dans « une vie normale » avec des horaires, des contraintes.

Hexagone : C’est à dire ?
Filip Chrétien : J’étais un garçon ultra-sensible, un truc de dingue, c’était assez compliqué à gérer. Pour moi et surtout pour mes parents. Jusqu’à mes 25 ans, j’ai fait des tas de petits boulots en rapport avec mon métier initial mais il ne fallait jamais que ça dure trop longtemps. J’étais lassé assez rapidement mais la raison principale était que j’avais un groupe de pop-rock à l’époque (Marco Lipz) et qu’on faisait pas mal de concerts. C’était ma priorité.

Hexagone : Et ce groupe a duré ?
Filip Chrétien : Le groupe s’est finalement arrêté à la fin des année 90. J’ai vendu mes guitares, j’ai repris des études de graphiste, dans la pub. J’ai rencontré ma compagne, j’ai eu un fils et j’ai monté une boite. Ce n’est que 5 ou 6 ans après que j’ai éprouvé ce besoin vital de refaire de la musique.

Hexagone : Justement, maintenant, peux-tu me raconter l’histoire de Filip ? Quel est son parcours à lui ?
Filip Chrétien : Le projet « Filip » existe depuis 2006. L’année d’avant, j’avais amassé pas mal de chansons que j’avais enregistrées, juste guitare et voix. Je me suis finalement monté un petit « home studio » à la maison pour commencer à maquetter quelques unes d’entre elles. Dans un premier temps, seul. Puis très vite, j’ai recontacté quelques amis musiciens pour qu’ils viennent enregistrer quelques pistes sur les titres. Je pensais au départ tout enregistrer à la maison.

Hexagone : Et finalement ?
Filip Chrétien : Un jour, par hasard, j’ai rencontré Bruno Green que je connaissais déjà un peu. Nous nous étions déjà croisé sur Rennes, aux cours des années 90. Bruno avait ses projets personnels et travaillait en tant que producteur pour pas mal de gens que j’aimais bien, dont Miossec. Après écoute des maquettes, il m’a proposé de produire cet album, j’étais hyper content. On a passé plus d’un mois au studio Cocoon à Rennes. C’était vraiment une très belle aventure humaine. Jusqu’en 2010, nous avons fait pas mal de concerts avec le groupe, dont une première partie de Berry et de Daniel Darc. C’était une formation assez pop. On a passé de bons moments.

Photo Jérôme Sevrette

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Hexagone : Puis, il y a eu le projet Dia a dia, qui a démarré en 2010. Tu peux en dire deux mots ?
Filip Chrétien : L’année de mes 40 ans, j’ai éprouvé le besoin de me « retrouver » avec un projet plus personnel et surtout plus intimiste. J’ai travaillé seul pendant 2 années puis j’ai demandé à mon frère Nicolas de m’aider à terminer le disque, Dia a dia, que j’ai produit et mixé à la maison. L’album n’est finalement sorti qu’en 2014. Quand il a paru, je ne pensais pas du tout qu’on en parlerait, c’était un truc que j’avais fait comme ça, mais dont j’étais hyper fier. Fier surtout d’avoir travaillé avec Nico, comme s’il avait fallu attendre 40 ans avant de pouvoir faire un vrai truc ensemble. C’était cool. C’est d’ailleurs sur ce disque que j’ai décidé de reprendre le nom qui est le mien. Jusqu’à ce moment, je trouvais que Filip Chrétien, ça sonnait pas génial. On a fait des concerts vraiment chouettes dans des lieux intimistes, juste tous les 2 sur scène pour présenter cet album. Cette proximité avec le public me va bien, elle facilite vraiment l’échange.

Hexagone : Ton nouvel album, Les traces, sortira le 23 octobre et sera distribué par Coop Breizh. Le précédent, Dia a dia, est sorti l’an denier. Pourquoi sont-ils aussi rapprochés ?
Filip Chrétien : L’année de la sortie de Dia a dia, Il y a eu une bonne dynamique autour de cet album et ça m’a vraiment donné confiance en moi. J’ai été très touché par l’accueil qu’a eu ce disque. Je pense que c’est ce qui m’a donné envie d’enchainer directement sur le suivant. Je me sentais en forme et j’avais envie de continuer sur cet élan pour donner une suite à Dia a dia, sans trop attendre. J’ai également rencontré des gens vraiment chouettes à ce moment-là et qui ont accepté de participer à ce projet. Lou, Jean-Louis Bergère, Manu Marcou, Chafic Mohammedi et Orso Jesenska. Je me suis également senti très bien entouré de mes amis de longue date. Olivier Loas, Olivier Gastel, Nico et Manu.

Hexagone : Tu avais déjà la matière pour ce nouveau disque ?
Filip Chrétien : J’avoue que j’ai pris les choses un peu à l’envers sur ce disque… Lorsque j’ai décidé de le faire, je n’avais aucune chanson. Toutes se sont construites en temps réel, sauf deux que m’avait écrites Nicolas. J’ai commencé à ouvrir quelques « projets », à y poser quelques idées. Aucun texte n’était écrit. Je ne sais pas faire ça, je travail beaucoup sur la musique, sur des fragments d’idées et j’enregistre directement des bouts de voix, qui à un moment ou à un autre arrivent à faire une chanson. Je privilégie beaucoup plus la musicalité des mots plutôt que le propos. Ce disque a donc finalement été composé, « écrit » sans crayon, enregistré et mixé en 6 mois. Ca ne m’a pas laissé beaucoup le temps pour réfléchir mais c’était le but. Je voulais que les choses soient comme cela.

Photo Jérôme Sevrette

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Hexagone : Ce nouveau disque à l’esthétique sobre et belle, te raconte-t-il, que raconte-t-il de toi ?
Filip Chrétien : Bien sûr, je pense que ce disque me raconte, mais j’imagine et j’espère en tout cas qu’il raconte aussi d’autres gens. Chacun prend ce qu’il veut et l’emporte où il le veut …

Hexagone : Sortir un nouvel album, est-ce toujours dire les mêmes choses que précédemment finalement ou pas du tout ?
Filip Chrétien : Je crois qu’il n’y a pas de règle. Pour ma part, c’est souvent comme ça vient. La musique, c’est aussi des surprises, de la spontanéité, de la sincérité. Ca serait dommage de se forcer à faire un truc dans lequel on ne croit pas.

Hexagone : Est-ce le cheminement et le désir artistiques qui diffèrent ?
Filip Chrétien : Oui, j’imagine, avec l’expérience d’un disque à l’autre… Je ne sais pas…

Hexagone :  Les traces est un petit bijou pop où se mêlent parfaitement mots et musique. Peux-tu raconter comment tu as travaillé sur ce disque ?
Filip Chrétien : Lorsque je travaille sur une chanson, je pars tout d’abord d’un thème musical, quelques fois, juste d’une boite à rythme sur laquelle j’enregistre une suite d’accord. Je fais tourner ce thème en boucle, je branche un micro et je chante des trucs, je place des mots, des bouts de phrases jusqu’à ce que je sois à peu près content du résultat. Mélodie et mots. Dans un premier temps ça raconte pas grand chose et ça fait pas une chanson. Alors j’y reviens, jusqu’à ce que cela commence à y ressembler.

Hexagone :  Les arrangements sont très réussis également. Qui s’y est collé ? 
Filip Chrétien : Concernant les arrangements sur cet album, je savais exactement où je voulais aller. Dans l’esprit en tout cas. J’en ai donc fait certains, j’ai demandé à Nico pour certaines guitares, à mon ami Manu Markou pour quelques piano, synthé, et à Olivier Loas – que je connais depuis longtemps et qui est un arrangeur génial entre autres – pour tout ce qui peut ressembler à des arrangements de cordes sur les titres de l’album. Ce sont des mellotrons. Pour toutes les rythmiques, j’utilise beaucoup de boites à rythmes que je fais enrichir en percus, charlestons, cymbales, par mon ami batteur Olivier Gastel. Ce garçon est une horloge, ce qui simplifie beaucoup le travail… Concernant la production, je n’aime pas déléguer, je sais toujours à peu près ce que je veux, et si c’est raté c’est de mon entière responsabilité. Pour le Mixage, j’ai eu la chance de travailler avec Gilles Martin qui a produit et mixé des gens comme Dominique A, Miossec, Françoiz Breut, Claire Diterzi, Indochine … On a eu de très beaux échanges avec Gilles.

Photo Jérôme Sevrette

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Hexagone : Il semblerait qu’il y ait une culture de la mélancolie dans tes chansons.
Filip Chrétien : Je ne sais pas trop comment dire ça mais les chansons gaies m’ennuient, elles me rendent triste.

Hexagone : Quand j’ai écouté l’album, je n’ai pas du tout regardé les pistes. Dès le début, je me suis dit qu’il y avait du Yves Simon chez toi. Et plus loin sur le disque, je tombe sur ta reprise de Diabolo menthe. Une influence Simon ? Pourquoi reprendre celle-ci précisément ?
Filip Chrétien : Je connais presque toutes les chansons de Yves Simon, mon père avait tous ses disques. J’ai voulu reprendre précisément celle-ci car elle fait partie de « mes traces ». Il avait acheté ce disque en 78, j’avais 8 ans et toute ma vie, je me suis fredonné cette chanson d’adolescent. Donc voilà, je suis soulagé…

Hexagone : On a dû te le dire 2 500 fois mais il y a chez toi une filiation évidente avec Daniel Darc, Bashung et surtout Miossec. Déjà, est-ce que ça t’agace ces étiquetages  ? Mais reconnais-tu la proximité à la fois dans le ton et les thématiques ? Et puis, sont-ils des références ?
Filip Chrétien : Bien sûr, j’adore tous ces gens-là… Ils m’ont tous inspiré.

Hexagone : L’image, le graphisme, l’esthétique semblent avoir une place d’importance chez toi. La nature, les paysages sont souvent représentés et de fort belle façon. Parle-nous de ton rapport à l’image.
Filip Chrétien : Oui, je suis très sensible à l’image, qu’elle soit fixe ou animée. J’adore le graphisme, la photo, le cinéma français – entre autres – des années 70. Je réalise également quelques clips et fais pas mal de Artwork pour certains artistes qui me le demandent.

Hexagone : Je n’ai pas trouvé de dates de concerts sur ton site. Allons-nous avoir l’occasion de te voir sur scène prochainement pour défendre cet album ?
Filip Chrétien : J’adorerais pouvoir faire quelques concerts à partir du début de l’année 2016, même si tous les artistes savent bien qu’il est de plus en plus difficile de trouver des lieux, mais je ne désespère pas. Je tiens informé en tout cas.


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hexagone.lemag@gmail.com

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