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Aux Trois Baudets, l’appeal Vander

Valentin Vander, voilà un blase qui ne t’est pas étranger Hexagonaute. Peut-être qu’un peu distrait, un peu vieux et alzheimerisé ou les deux à la fois, le nom ne te dit rien mais pourtant si si j’te jure, je t’en ai parlé déjà. Allez, je te l’accorde, il y a un piège. Je t’en ai parlé, ici-même, mais sous son autre nom de scène qui est Goguettes en trio mais à 4. C’était ici, va voir, je te re-raconte pas. Là, je vais t’entretenir un peu de la soirée de sortie d’album de Valentin. Son projet solo à lui, même qu’ils étaient à plein sur scène, aux Trois Baudets, ce vendredi 9 octobre. 2015, oui. Sinon j’en parlerais pas.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

L’audace ou la timidité. C’est le titre de cet album, ce premier album (Hé Ouais Mec Productions / Coop Breizh) que Valentin Vander venait donner sur scène et vendre à la sortie. Un concert de lancement d’album avec des extensions, certaines chansons que tu ne trouveras pas sur le disque. Et des nouvelles que Valentin, dans toute sa goguenardise, présentait comme des chansons qu’il testait pour son futur deuxième album. Le premier étant à peine sorti. Tu sens un peu l’ambiance qui régnait aux Trois Baudets ou pas ? Non ? Pas encore ? Ok, je continue.

valJe disais « audace ou la timidité » un peu plus haut. Le titre du disque si tu suis bien. A l’écoute de l’album, on comprend où veut en venir Valentin. On le comprend d’autant mieux à observer la très belle pochette de ce disque. On y voit un Valentin, nus pieds et jean déchiré, tenter d’arracher du mur une affiche le représentant. Il tire et arrache cette affiche qui n’efface pas franchement le personnage qui reste présent sur le mur. Elle est belle l’image. Et la photo aussi je disais. Comment n’y pas voir le combat d’un garçon qui lutte contre ses démons intérieurs ? Qui lutte contre une image qui ne serait pas la sienne ? Qui refuse la dualité de sa personne ? Je est un autre ?

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Toutes ces questions sous-tendues par le choc de la photo, on les retrouve dans le poids des mots des chansons de Valentin. Le garçon n’est pas un monolithe. Il est tout l’inverse. Il sait affûter sa plume comme un scalpel pour dire la tendresse et les amours mais n’hésite pas à y glisser quelques sourires parce que l’audace d’un aveu est toujours rattrapée par la timidité… Alors, l’amour avec un grand tas de majuscules n’est souvent endossable qu’avec la veste du clown. « Toutes mes nanas elles ont un mec / C’est comme ça faut faire avec / Et si mon âme est libertine / Dans chaque fleur que je butine / Il y a déjà au moins un bec… / Toutes mes nanas elles ont un mec » sur Toutes mes nanas.

De toute façon, Valentin Vander est un moderne. Pour ce jeune homme aux deux pieds bien plantés dans son époque, l’amour est un concept dépassé. Il le dit de long en large, le chante haut et fort sur L’amour, ce concept dépassé, donc. « L’amour c’est vraiment inutile / C’est une merde des temps anciens / C’est une invention mercantile / Comme Noël ou Halloween / Fête des Mères, Saint-Valentin… » Là encore, on saisit toute la tendre ironie du propos. Evidemment qu’on n’en croit pas un mot. Toutes ces affirmations à l’emporte-pièce ne font en fait que renforcer la finesse de l’intention de l’auteur. Chez Vander, c’est le questionnement et l’observation qui sont au centre du propos. L’amour est-il un concept dépassé ? En parler en ces termes, c’est questionner notre époque sur la notion de sentiments. Aujourd’hui on « conceptualise » un peu tout, on « gère » son couple comme une entreprise. Le regard de poète que pose Vander n’en est pas moins un regard engagé. Peut-être enragé parfois. Mais toujours un regard où il cherche à conserver une candeur originelle au point d’en confier son « petit drame », dans le constat de la fuite du temps par exemple : « Mon drame, c’est la paresse / C’est l’éclipse dans mes yeux / C’est la vie qui va et qui se presse / La mort à petit feu » sur Mon petit drame.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Alors, je t’entends d’ici dire « Ah ouais, ben ça devait pas être la gaudriole aux Trois Baudets ! » Ben excuse-moi de te couper et de te contredire ! C’est tout l’inverse. Parce que comme je disais plus haut, si tu étais observateur, Valentin n’est pas monolithique mais franchement polymorphe. Oui je sais, c’est un mot compliqué mais il faut que j’en sorte quelques uns quand même. Polymorphe dis-je parce que le garçon sait placer dans son set des chansons aux rythmes, intentions et propos variés. Il sait se faire léger avec des chansons de scène telles que Ah c’que c’est chouette la vie ou Le jogging sur la plage qui apportent des respirations joyeuses et très déconnantes dans le récital et n’hésite pas à être plus profond, socialement impliqué sur un morceau comme Les nouveaux Dieux. Socialement impliqué mais tout en subtilité, à la seule condition que tout cela soit poésie.

Poésie, tu te dis que c’est un bien grand mot, presque un gros mot et qu’on doit faire gaffe à ce qu’on avance quand même. Oui, justement, je l’emploie à dessein. Chez Valentin Vander, il y a non seulement « l’effort à dire » en son nom, cet effort que réclamait Mallarmé, mais il y a aussi le désir de s’inscrire dans le rôle de passeur. Valentin reprend volontiers la poésie populaire de Gaston Couté (Les bohémiens) et celle du géant Hugo (Le vent de la mer – Une nuit qu’on entendait la mer sans la voir). Sans manière, sans chichi. Il sait faire beaucoup de choses ce Vander ! Et je t’ai pas tout dit.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Sur le plan mélodique, c’est pas la moitié d’un manche notre chanteur ! Tour à tour enjoué et jazzy pour dires les histoires de couple, plus en mode mineur pour narrer les tourments et les tracas, il use habilement des harmonies pour colorer ses propos. Remarque, il est sacrément bien aidé sur scène par sa bande d’esthètes musiciens ! L’inénarrable Clémence Monnier au piano, Marie-Suzanne de Loye à la viole de gambe (oui oui je te jure !), Matthieu Ferrandez à la clarinette, Thomas Delor à la batterie et Jean-Daniel Botta à la contrebasse. Tout ce beau monde contribue à repeindre au gré des morceaux l’audace et la timidité de Valentin Vander pour livrer des chansons qui possèdent une force rare : l’intemporalité.

Il écrit bien, il compose bien. Soit. Pour faire un bon ACI, il faut savoir chanter. Chanter c’est interpréter. Là aussi, je suis désolé de te décevoir, cher Hexagonaute, mais il assure le Vander. Pire que ça même. C’est un super interprète. Je vais pas sortir la liste des ressemblances mais lorsque tu entends une chanson comme Le chat, comment ne pas penser à Brel ? Quand il est plus sautillant et jazzy, comment ne pas penser à Trenet ou Higelin ? Il y a un peu de tout ceux-là chez lui, avec une vraie dimension personnelle. Quelque chose de très assumé dans sa présence sur scène. Tout en restant très humble. Valentin Vander ne chante pas en noir et blanc, il colorise les situations, les contrastes. A l’humour il associe l’ironie, à la tendresse l’espièglerie comme pour souligner que ce n’est pas tant l’objectif qui compte mais le chemin que l’on prend pour y parvenir. Rien n’est tout noir, rien n’est tout blanc. Rien n’est simple sur cette maudite planète et nous-mêmes ne sommes que des naufragés ballottés au gré de nos humeurs. Tantôt face. Tantôt pile. Face Valentin. Pile Vander.


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