HomeArtistesSoirée Sacem. Askehoug, un rock pictural

Soirée Sacem. Askehoug, un rock pictural

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

L’autre soir, même que c’était le 16 septembre et qu’on était un mercredi, j’ai chaussé ma boîte à images et j’ai pris la route des Trois Baudets. Il y avait un petit moment que j’avais fait un nœud d’une croix ou marqué d’un mouchoir sur mon agenda, ou l’inverse je sais plus, enfin bref j’avais prévu d’aller à la première soirée Scène Sacem de la saison.

Je te le fais en résumé, les soirées Scène Sacem – c’était la #11 mercredi soir – présentent régulièrement 2 artistes que la fameuse Société des Auteurs a choisi d’aider à un moment de leur parcours. Et le passage sur la scène du boulevard de Clichy est un temps où ces artistes montrent travail effectué et autres choses à venir.

Ces soirées attirent pas mal de monde. Ça draine pros, artistes et public lambda. C’est bien, c’est tant mieux, on ne va pas s’en plaindre à une époque où remplir les salles devient euphémiquement compliqué. On ne va pas s’en plaindre mais j’ai bien failli me trouver victime du succès de ces soirées. Si je n’avais pas rencontré cette bonne âme à l’accueil m’assurant le sésame tant convoité. Bref, j’ai pu entrer. Pour qui tout ce beau monde te demandes-tu ? Bouge pas, ne piaffe pas tant la môme, je vais te le dire.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Par souci d’esprit volontairement perpendiculaire et quelque peu malade, je commencerai par ceux qui ont clôturé la soirée. Par souci de synthèse également, j’en dirai peu de mots. Il s’agissait de Baden Baden. Je te le dis tout net Hexagonaute, je n’ai pas été conquis. Une formation pop-rock sur scène, des gens qui jouent bien, certes, mais je n’ai pas trouvé chez eux l’originalité que j’attendais. Que j’étais en droit d’attendre eu égard à la petite notoriété dont jouit le groupe. Au rayon des textes, même topo. Des préoccupations d’adolescents vues par des trentenaires.

Séduit en revanche, je l’ai été et pas qu’un peu par Askehoug. Le breton à l’improbable patronyme a ouvert la soirée. Actuellement  en préparation d’un nouvel album qui paraîtra en 2016, Askehoug a envoyé quelques tournures des opus parus à ce jour et s’est essayé également sur des morceaux nouveaux. Ca donne quoi ?

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Tu sais que beaucoup détestent les présentations qui s’appuient sur les comparaisons. Comparaison n’est pas raison, tout ça qu’ils disent mais moi je m’en fous.  Je préfère te faire part d’une comparaison pas trop débile plutôt qu’une description vaseuse. Askehoug donc, on pourrait dire qu’il a trempé un moment dans le jus d’Arthur H, qu’il a reniflé Bashung de la narine gauche et Gainsbourg de la droite. C’est juste pour situer. Je ne te dis pas qu’il fait pareil, le copieur et ceci-cela, non, je dis qu’il appartient à cette famille. C’est tout.

Comme les loulous évoqués ci-dessus, Askehoug a cette dégaine de dandy rock’n roll. Pas rasé pas par hasard comme disait l’autre, costard blanc impeccable, il promène sa svelte silhouette, sa voix grave et inquiétante le long de textes qui ne le sont pas moins. Entre fantastique, onirisme, cours anatomique et érotisme, il embarque son auditoire dans des histoires peu banales à ne pas mettre dans toutes les oreilles. Ça étudie le cas de la belle-mère et ça règle les comptes avec préméditation. Mais le jeudi de préférence. Toujours avec Du style. « Je te promets que tu ne souffriras pas à l’instant T de ton trépas » assure-t-il soucieux du travail de qualité.

Photo David Desreumaux

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Qualité dans les musiques également. Askehoug et ses associés à la basse et à la batterie installent un climat qui va comme un gant aux textes. Climat tantôt planant, parfois étrange ou aux frontières de l’expérience, le spectateur, plongé dans une ambiance aux sonorités aussi variées qu’inhabituelles, assiste à une sorte de déambulation nocturne d’un rockeur élégant. Rockeur qui parfois se déplace sur scène semblable à un oiseau fragile. En adepte du contraste. C’est beau, c’est à la fois une réussite musicale, textuelle, graphique et picturale. Une performance au sens artistique du terme.

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