HomeInterviewsNORD : « Le monde de l’inspiration est une lutte »

NORD : « Le monde de l’inspiration est une lutte »

NORD : « Le monde de l’inspiration est une lutte »

Après une dizaine d’années à jouer dans des groupes, Xavier Feugray prend un nouveau tournant dans sa carrière en se lançant dans l’aventure seul. Plus connu sous le pseudonyme de NORD, il nous a séduits par sa chanson Drunk aux accents électro, la profondeur endeuillée de Temps Morts, la verve de Mémorable et la légèreté de Elle voudrait. Pas de fausses notes pour ce premier EP qui se révèle être une rencontre mystique entre divin et décadence. Grâce à des textes forts et une musique prenante, tout laisse à penser que NORD à pris la bonne direction. Il était présent au Badaboum le jeudi 24 septembre pour une Release Party. Nous l’avons interviewé à cette occasion, avant qu’il ne monte sur scène.

Photo Déborah Galopin

Photo Déborah Galopin

Hexagone : Ton EP Temps morts est sorti le 11 septembre. Quel sentiment as-tu eu à l’approche de cet évènement ?
NORD : J’étais très content car c’est la première fois que l’un de mes albums sort nationalement. Auparavant, avec mon groupe, nous étions en autoproduction, ce qui nous limitait pas mal, puisque nous ne jouiions presque exclusivement qu’en Normandie. Après avoir passé dix ans de ma vie à faire tout moi-même, les maquettes, les albums, j’ai eu envie de présenter ce que je faisais à des professionnels. Une collaboration s’est mise en place avec Low Wood et à partir de là, on a commencé à bosser autour du répertoire mais aussi de l’image. Le fait d’avoir un label  m’a permis d’avancer un peu plus vite. Il y a des contacts qui se font plus facilement, que ce soit en terme de concerts ou de retombées. A titre d’exemple, les Inrockutibles m’ont servi de vitrine au lancement du clip Drunk. Avoir 5000 vues en une semaine quand on débute, c’est assez incroyable.

Hexagone : Quand cela a-t-il commencé pour toi ?
NORD : J’ai commencé autour des années 2000 avec un groupe de Rock dont le style était entre Mano Negra et Noir Désir. Il s’appelait Dam Fortune. On a travaillé principalement sur mes compositions. Ca a duré presque dix ans. Après 2010, je jouais dans un autre groupe : L’amicale Dijonnaise, et en parallèle, je travaillais mes chansons en solo. J’avais envie de réaliser des morceaux dans mon coin, mais rien n’était encore cadré et structuré. Quand NORD est né il y a un an, tout s’est enchainé. J’ai gagné un tremplin régional, Booster, qui me permet d’être accompagné pendant trois ans. Ca m’a permis d’avancer, puisque grâce à cette aide, j’ai pu enregistrer en studio, avoir un attaché de presse et tout ce qui est nécessaire au lancement d’un album. Ensuite, il y a eu une signature chez Universal, une rentrée chez France Inter… Ce sont des choses que je ne connaissais pas encore.

Photo Déborah Galopin

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Hexagone : As-tu ressenti le besoin d’affirmer ton propre univers en te lançant en solo ?
NORD : J’affirmais déjà mon univers par le biais du groupe. Je suis autodidacte, mais avoir ce rôle de leader m’a servi d’école, autant sur l’écriture que sur la musique. J’ai appris à faire les deux à la fois, tout en jouant avec d’autres gens. C’est en 2008-2009 qu’il y a eu un « switch ». Comme nous étions six dans le groupe, j’ai commencé à faire des concerts en solo car c’était plus facile à caser en première partie. Et ça m’a plu ! Le groupe de Rock m’a permis de m’exprimer, mais d’un autre côté, même si se retrouver seul n’est pas facile, je voulais faire mes propres maquettes. Je devais écrire moi-même les lignes de basse, de synthé, de chœur, alors qu’auparavant nous faisions les arrangements ensemble. C’est une autre manière de travailler.

Hexagone : Pourquoi avoir choisi un pseudonyme comme NORD ?
NORD : J’ai décidé d’opter pour un pseudonyme car personne n’arrivait à retenir mon nom ou bien l’orthographiait mal. De ce fait, je voulais quelque chose de simple.
C’est mon ingé son qui m’a inspiré pour ce pseudonyme. On était en studio pour essayer de nouvelles choses et il m’a sorti : « On va se faire une petite ambiance nordique ». Le terme « nordique » m’a immédiatement parlé. Je me suis dit que « Nord, » ça serait pas mal. Ce mot contenait une idée de direction, comme un point de départ menant vers une quête. Il éveillait mon imaginaire et en même temps correspondait bien à ce début d’aventure en solo.

Hexagone : La pochette de ton album ainsi que tes clips sont en noir et blanc. Pourquoi ce choix artistique ?
NORD : J’avais envie d’une esthétique épurée qui soi en accord justement avec « Nord.» Le noir et blanc permet de mettre en avant l’essentiel tout en étant en dehors du temps.

Hexagone : Trois de tes titres abordent des thèmes forts liés à l’alcool et à la mort. Ces deux éléments permettent-ils selon toi de rendre la vie plus intense ?
NORD : J’ai une cinquantaine de chansons sur le thème mais n’en ai sélectionné que trois sur l’album. C’est quelque chose de presque obsessionnel. Mes textes ont un rapport au temps et à la jeunesse qui se barre en fumée. Tu vieillis et tu prends du recul sur les expériences que tu as vécues. J’ai eu une jeunesse un peu décadente et au moment où je me suis posé, mon regard s’est modifié.

Photo Déborah Galopin

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Hexagone : Tes textes sont liés aux émotions, est-ce ton leitmotiv pour écrire ?
NORD : Oui, complétement. C’est comme cela que j’envisage la chanson. Parfois on vit des moments un peu merdiques. Emotionnellement, il se passe quelque chose dans ton corps et pourtant tu ne le comprends pas vraiment. C’est bien et troublant à la fois. La musique permet d’apprendre à cerner ses émotions. J’essaye d’émettre un regard sec et piquant par rapport à ça.

Hexagone : Tes sources d’inspirations sont principalement Françaises, est-ce que cela a été une évidence pour toi d’écrire dans cette langue ?
NORD : C’est en commençant mes textes en Français que je me suis rendu compte qu’on pouvait faire quelque chose de bien. Au lieu de perdre mon temps à écrire en anglais, j’ai préféré y aller à fond vers ce que je maitrise un peu mieux. Dans la chanson, tu peux faire ce que tu veux. C’est plus facile dans ce cas de jouer avec les codes et les formes. J’aspire à faire de la poésie.

Hexagone : On te compare à Saez, mais aussi aux nouveaux artistes Français comme Stromae ou Fauve, par l’importance que tu accordes à tes textes. Est-ce que tu t’identifies à eux ?
NORD : Je ne m’identifie pas à eux, mais j’aime ce qu’ils ont engendré. Même si Fauve n’ont pas été les premiers car il y a eu entre autre Diabologum avant eux, ils ont popularisé le genre. Stromae, lui, a une longueur d’avance. Il a bien compris les codes, a digéré la musique des années 90 et a le sens de la formule. Ce qui pourrait être ringard, il en fait quelque chose de très puissant.
Nous sommes liés par une identité générationnelle, de ce fait j’imagine que nous avons les mêmes envies. J’aime ce qu’ils font mais ils ne m’ont pas influencé. J’ai davantage été influencé par des artistes comme Mathieu Boogaerts, Bertrand Betsch, Dominique A… Nord c’est un mélange de chanson Française qui serait passée par la moulinette du Rock avec une petite touche électro.

Photo Déborah Galopin

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Hexagone : As-tu déjà vécu ce « temps mort » et ce manque d’inspiration qui va avec ?
NORD : Le manque d’inspiration m’arrive tout le temps. Le vide. Le vide total. J’ai des périodes de néant où j’ai l’impression de flotter au dessus de ce qui m’arrive. Ton existence s’enchaine sans avoir le temps pour l’essentiel et tu as peur de passer à côté de quelque chose. J’ai horreur du vide et paradoxalement c’est aussi cela qui motive mon écrire, pour le combler. Ce dont j’ai le plus peur c’est de ne plus avoir envie. Les évènements ne me permettent pas d’écrire immédiatement, j’ai besoin de les digérer avant et cela peut prendre du temps. La panne et le manque d’envie viennent à ce moment là avant de renaître plus tard. Finalement, le monde de l’inspiration est une lutte, il faut le combattre.

Hexagone : Cette Release Party est ta seule date de concert annoncée pour le moment. D’autres vont-elles venir se greffer d’ici la fin cette année ou est-ce un parti-pris pour te concentrer davantage sur tes créations ?
NORD : Pour le moment, l’objectif est de structurer l’album. J’ai dans l’optique de refaire mon EP en LP. A partir d’octobre, je serai durant deux semaines en studio pour préparer les prochaines chansons. Après cela, j’ai quelques dates de prévues mais principalement en Haute-Normandie. Il y a beaucoup de choses à faire et à trouver, c’est bien justement pour combler le vide.

Hexagone : A quand le prochain CD ?
NORD : A la rentrée prochaine en 2016 avec un album de dix titres, j’espère.


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deborah-galopin@live.fr

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