HomeReportagesMick à Avignon – Top 1 : Romain Didier

Mick à Avignon – Top 1 : Romain Didier

Romain Didier en piano solo. Je t’en ai déjà parlé comme un de mes coups de cœur des concerts 2014. En fait c’est un chanteur référence pour moi. Il m’accompagne depuis une trentaine d’année. D’habitude j’essaie de te faire partager mes découvertes des dernières semaines, des derniers mois, des toutes dernières années. Aujourd’hui, je fais dans l’intime, l’encore plus subjectif. D’ailleurs Romain Didier s’est choisi le prénom de mon fils, pourtant né plusieurs décennies après lui ! Depuis l’époque de l’album Piano Public (tiens un piano solo en live comme il en fait à nouveau depuis quelques années), comme une personne proche, je l’ai très souvent vu en concert et j’ai énormément beaucoup écouté ses chansons. Puis avec le temps, comme avec certains amis, je l’ai vu un peu moins souvent, peut être car il ne venait pas chanter près de mon lieu de vie (deux fois seulement en quasi vingt ans à Toulouse), je l’ai écouté moins souvent peut être parce que ses thèmes d’alors me touchaient moins, étaient moins en résonance avec ma vie. Et puis, ces dernières années, je le retrouve comme on retrouve un ami, et je l’apprécie comme lors de la première rencontre.

Photo Michel Gallas

Festival Ta Parole – Photo Michel Gallas

Je viens de voir Romain Didier deux fois, en moins d’un mois, pour le spectacle Au Singulier lors du Festival Ta Parole en juin et Dans ce piano tout noir proposé en Avignon ce mois de juillet. Deux spectacles piano solo, deux grands moments et deux spectacles très différents. Alors d’abord quelques mots sur Au Singulier. Vu quatre fois, une fois par an, depuis son démarrage en juillet 2011 à Avignon. Ce spectacle marquait le retour au récital piano solo. Le répertoire semble construit sur trois axes : bien sûr les chansons de son dernier album De loin on aurait cru des oies ; une sélection de ses classiques (comme Pouce, Dans le Piano noir, Vie de femme) et quelques chansons repères conçues avec les textes de Leprest (comme La retraite leur première chanson commune, Où vont les cheveux quand ils dorment, S.D.F). Bien sûr avec chaque année quelques petites évolutions.

Alors Dans ce piano tout noir  en quoi c’est si différent ? D’abord je te fais la synthèse : il tombe la veste, comme s’il était chez lui et il nous fait, en confidence en quelque sorte, un bilan de sa vie de chanteur à travers son propre répertoire (il a retenu uniquement des titres qu’il a écrits et composés). Comme il est chez lui, il n’a pas besoin d’applaudissement systématique à chaque fin de chanson et sur une heure et quart il ne s’arrêtera que trois fois : deux fois pour boire, une fois pour quitter la salle à la fin du concert. Il enchaîne donc les titres, sans pause, mais souvent avec de jolis intermèdes musicaux de chansons connues en écho à ses propres titres. Et il interpètera quatre reprises.

Photo Michel Gallas

Photo Michel Gallas

Maintenant je te décris un peu plus. Oui il tombe la veste au sens propre : il arrive en chemise blanche (effet du juillet Avignonais ?), manches non fermées. Nota : je l’avais toujours vu en veste. Pas de mise en scène, mais deux projecteurs en pied derrière le piano et une création lumière discrète. Le piano sur le devant de la scène, lui vraiment près de nous. Il tombe la veste, il se découvre. Il débute par le titre éponyme du spectacle  Dans ce piano tout noir ( « y’a les brumes de l’enfance … y’a un drapeau anar …  y’a le journal de vingt heures … y’a les lignes de ma vie …  y’a la mort qui attend … y’a la femme que j’aime … les enfants de l’amour … y’a les brumes de l’enfance » ). Direct tu sais qu’il va nous parler de la vie, et donc désormais de nostalgie, d’une sorte de nostalgie positive présente dans beaucoup de ses chansons. Il nous parle de son enfance, de l’enfance avec plusieurs titres, chante La famille de Michel Jonasz et nous joue un extrait de Mon enfance de Barbara. Puis direction les premières amours et les premières séparations avec, en autres, Julie la Loire (a priori pas jouée depuis longtemps), il chante Un jour tu verras écrit par Mouloudji et joue quelques notes de Qu’il est difficile d’aimer de Vignault. Une petite observation sur les gens et leur comportement avec Dans ma rue (« Si dans ma rue y’a que des gens tranquilles C’est faute de guerre civile Si dans la rue y’a pas de collabos C’est faute de gestapo Les gens gentils sont souvent des salauds En manque de scenario »). Une chanson interprétée sur une mélodie gaie et un rythme rapide. J’en profite pour évoquer le plaisir que l’on reçoit à écouter Romain Didier jouer au piano, à voir ses doigts virevolter, à apprécier la fluidité des mélodies et la variété des styles musicaux (classique, swing, valse, …).

On reprend le cours du concert : l’usure et la difficulté de la vie de couple avec J’ai noté (« Rien que pour les trois premières années huit mille sept cent soixante « je t’aime »  Quatre cent en tout pour les suivantes et à peine six pour la dixième », et la musique de Tu t’laisses aller d’Aznavour. On n’oublie pas la difficulté d’aimer comme on est dans A quoi ça tient. Puis il reprend Et maintenant de Bécaud et nous offre une de mes préférées Pleure pas. Bon, mais t’as compris le principe alors je ne vais pas te raconter tout le concert je passe direct à la fin. A la fin  du concert, à la fin de la vie, avec d’abord la vieillesse illustrée par la superbe Insolente et infidèle  l’idée de la mort dans Dix pieds sous terre et il finit, pour le rappel, par La folle complainte de Trenet. Dans son piano tout noir c’est plus qu’un solo car c’est lui et son piano, son compagnon de notes, de plaisir et de travail depuis la jeunesse jusqu’à maintenant. Une traversée donc de l’enfance à la mort en passant par l’amour et la vie de couple, une traversée qui parle un peu de sa vie certainement mais surtout de la nôtre. On ressort ému, touché, heureux d’avoir vécu un moment privilégié. Plaisir des oreilles, de l’esprit et du cœur. Une belle élégance dans les textes et la musique.

Photo Michel Gallas

Photo Michel Gallas

Et même si les deux spectacles sont très différents sur la forme (a priori pas plus de cinq chansons communes, et une seule désormais des deux derniers albums) ils ont en commun l’écriture ciselée de l’auteur, la qualité et le sens des mélodies du compositeur, la virtuosité du pianiste, l’expression d’une certaine nostalgie positive livrée par la voix chaude de l’interprète, sa manière de nous  regarder de côté en continuant de pianoter, et au final une belle et grande émotion reçue par chaque spectateur. En bref le talent et l’humanité de l’artiste. Un grand bonhomme. La classe. On ne va pas pleurnicher et dire « Un artiste, une plume qui aurait mérité plus d’audience, qui devrait être considéré comme un des grands de la chanson française ! ». Il en fait partie, pour tous ceux qui comme moi, le suivent depuis longtemps. Il nous reste le temps, dans notre rôle de passeur, de continuer à le faire découvrir sur disque et sur scène. Par exemple, j’ai vanté cet artiste à Micheline1, jeune amatrice de chansons que tu connais désormais : elle l’a découvert et apprécié sur scène au festival Ta Parole et l’a revu avec plaisir à Avignon. Et toi si tu ne le connais pas encore ne rate pas ce spectacle.

Allez une petite information pour finir : il y a quatre ans Romain Didier, déjà au théâtre des Lucioles, a rencontré Niobé (un autre artiste que j’apprécie beaucoup et dont je te parlerai sur Hexagone quand un concert m’en donnera l’occasion) qui occupait le créneau horaire précédent. Une belle rencontre entre les deux artistes et l’an prochain un spectacle commun devrait voir le jour : Romain Didier & Niobé chantent Francis Lemarque. Romain Didier a apprécié, accompagné au piano et fait des arrangements pour Francis Lemarque. Il lui a même dédié une chanson Chante moi Mathilda, jouée ce soir. Ce nouveau spectacle est encore un exemple de nostalgie positive. Allez je te laisse, cet article m’a donné l’envie de réécouter mes onze albums de Romain Didier.


Romain Didier 18 Juillet Théâtre des Lucioles au Festival Off à Avignon. Rappel un clic sur une photo et elle s’agrandit, un clic sur le titre des deux chansons en gras dans le texte et hop tu peux écouter.

Prochaine date en région parisienne : 19 et 20 Novembre Théâtre Romain Roland (94) Villejuif

Romain Didier & Niobé chantent Francis Lemarque : 28 avril 2016 au Train Théâtre à Portes les Valence (26)

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mick.hexagone@gmail.com

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