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Benjamin Biolay chante Trenet aux Folies Bergères

Photo Déborah Galopin

Photo Déborah Galopin

Benjamin Biolay était aux Folies Bergères pour deux dates consécutives, le 29 et 30 juin afin de nous faire découvrir ses reprises de Charles Trenet. Il était accompagné d’un orchestre où toute la famille des violons était présente, ainsi que du guitariste Nicolas Fiszman et du batteur Denis Benarrosh. L’artiste auteur, compositeur vient pour la première fois proposer un album de reprises. Surprenant au premier abord, mais pas tant que cela venant de la part de ce touche-à-tout. Quand certains reprennent Goldman ou Renaud, surfant sur les tendances actuelles en y apposant des voix jeunes et connues, Biolay, reprend un chanteur qui lui tient à cœur. Plusieurs générations nous séparent de Charles Trenet, autant dire que Benjamin est loin de suivre cette vague commerciale, à tel point qu’on craint le flop. Pourtant, cela ne l’a pas empêché de faire salle comble, probablement parce qu’il fait ce qu’il aime avant tout.

À travers les chansons de Charles Trenet, il n’y a pas de doute, on retrouve la patte de Benjamin Biolay. Sa voix gutturale et grave, apporte une dimension mélancolique dans une ambiance blues-jazz. Ces chansons sont intimistes et rappellent les pianos-bars. La reprise de Verlaine m’a particulièrement séduite. Dans un genre différent, elle n’est pas sans rappeler l’interprétation de Gainsbourg du poème de Baudelaire. Le grand café donne du peps, mais les autres titres se révèlent être plus monotones. Il y a quelque chose de surrané dans les paroles et une certaine langueur dans le rythme, que ce soit sur Que reste-t-il de nos amours ? ou En avril à Paris. Si cela peut plaire, cela m’a laissée relativement extérieur. Des termes comme « ma mie » appartiennent à un temps que je n’ai pas connu. C’est charmant, mais je suis loin d’être nostalgique de ces images en noir et blanc. De plus, se retrouver perché au deuxième balcon est antithétique avec l’ambiance intime de cet album. Il y a néanmoins une chose qui demeure intacte : son talent. Tantôt au chant derrière son piano ou à la trompette, il nous rappelle qu’il sait tout faire ou presque. Il n’est pas qu’un interprète, il est aussi le chef d’orchestre.

Photo Déborah Galopin

Photo Déborah Galopin

Outre les reprises de Charles Trenet, il alterne également avec des chansons de son propre répertoire, notamment de son premier album. Sur Négatif, il s’amuse à reprendre un passage de Feel Good Inc, exaltant pour les fans de Gorillaz. La reprise de Jardin d’hiver qu’il a lui même co-écrit avec Keren Ann pour Henri Salvador a fait frissonner la salle. L’instrumental beaucoup plus minimaliste, a mis davantage en valeur les chansons à texte de son auteur. Pour apporter encore un peu de couleur à ce concert, Benjamin a invité plusieurs chanteuses sur scène, dont Chiara Mastroiani, son ex-compagne avec qui il a co-produit Home. Ensemble, ils ont chanté La ballade du mois de Juin, qu’il considère comme son morceau préféré. Une sensibilité touchante s’en dégage. L’apothéose est atteinte avec La superbe et Ton héritage, où il est éblouissant. Quand il chante en duo avec Jeanne Cherhal tout de blanc vêtue, Brandt Rapsodie, cette histoire d’amour banalement belle et triste, l’émotion traverse la salle.

Mes ressentis auront été très fluctuants durant ces deux heures de concert. Dans son costume noir, bien que smart, nous avons le sentiment qu’il est en deuil. Est-ce en hommage à Charles Trenet ou parce qu’il a abandonné ses propres chansons au profit de celles d’un autre ? Manque d’inspiration ou au contraire envie de se retrouver ? Ce choix interroge. Il exhume et met en lumière, enterre probablement aussi. La main sur le cœur, l’émotion avec laquelle il chante n’aura échappé à personne. Ces reprises n’auront pas réussi à m’emporter, car là où il reste le meilleur c’est sur ses propres compositions. Biolay est un artiste original, mais perd un peu de sa superbe quand il chante L’âme des poètes plutôt que la sienne.

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deborah-galopin@live.fr

Comments
  • Difficile de juger sans avoir vu ce spectacle , mais à la lecture de l’article, je suis partagée aussi, Trenet était plutôt joyeux et swinguant dans l’interprétation de ses chansons, j’aime beaucoup les reprises d’Higelin, par exemple, aussi fou chantant que Trenet …Et pas monotone !

    7 juillet 2015
  • Difficile de juger sans avoir vu ce spectacle , mais à la lecture de l’article, je suis partagée aussi, Trenet était plutôt joyeux et swinguant dans l’interprétation de ses chansons, j’aime beaucoup les reprises d’Higelin, par exemple, aussi fou chantant que Trenet …Et pas monotone !

    7 juillet 2015
  • Salut
    Je n’ai pas vu le spectacle, mais il y a eu une sorte de concert sur France Inter, et cet album Trenet par Biolay sera dans les très facultatifs, voire parfaitement superflus. Je ne vois absolument pas ce que ça peut apporter. Vouloir refaire Van Gogh à la façon de Bernard Buffet n’apporte rien ni à l’un ni à l’autre. C’est une attitude qui se veut moderne alors qu’elle n’est qu’artificieuse. Et je crains que ça ne laisse pas une trace indélébile dans la chanson. J’aime bien Biolay quand il chante Biolay, mais là, non. Et je n’arrive même pas à comprendre qu’il fasse de Trenet une de ses références quand il en fait ce qu’il en a fait. C’est pas parce qu’il est bon interprète de ses chansons qu’il est bon interprète de celles des autres. Pas de celles de Trenet en tout cas… Ce sera un « hommage-dommage » de plus dans la longue liste des avanies subies par les grands anciens.

    8 juillet 2015

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