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Zaza Fournier, fille à haute tension

Zaza Fournier, fille à haute tension

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Quand on l’a vue en novembre dernier aux Trois Baudets, Zaza Fournier n’avait pas encore sorti son nouvel album mais testait son nouveau spectacle composé de ses nouvelles chansons. L’album Le départ est à présent sorti depuis plusieurs semaines et Zaza venait, ce mardi 5 mai 2015, le défendre et le présenter sur les planches de L’Européen.

Dans sa forme, le spectacle a peu bougé depuis l’automne dernier. Sur le plan de la scénographie, les feuilles mortes qui jonchaient le sol ont laissé place au lierre et à de jolies fleurs. On suit le fil des saisons chez Zaza à ce que je vois. C’est efficace et ça se rapproche davantage du premier single de l’album La jeune fille aux fleurs qui a donné également un joli clip. Tiens, c’est là.

Sur scène, c’est assistée de l’épatant Majiker que Zaza s’est montrée. Un Majiker qui trouve de plus en plus sa place dans l’éco-système de Zaza Fournier. Il a confirmé mardi dernier tout le bien que l’on pensait de lui et a montré – non sans humour – qu’il commençait à maitriser la langue du mot lierre. Parmi toutes ces fleurs, c’est un minimum. Présent au piano, à l’human beat box et aux popopo pafpaf pschittt, aux différentes percussions à base d’Objets perdus, au découpage de fleurs rythmé par les allers et retours des branches de ciseaux sur cette même jeune fille aux fleurs, Majiker est une espèce de couteau Suisse en fait. Sur ce volant de titres dynamiques, sa présence donne du volume, du relief aux chansons, du rythme au spectacle et permet de jouer sur différents tempos et énergies assurant un parfait équilibre à l’ensemble.

Photo David Desreumaux

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Durant tout le spectacle, on retrouve régulièrement Zaza seule en scène. Majiker s’éclipse le temps d’un ou plusieurs morceaux pendant que Zaza exécute de nouveaux titres ou revisite quelques anciens. Avec son accordéon toujours. Evidemment. Par exemple, le Vodka fraise ainsi présenté, tout dépouillé de ses artifices de l’album, apporte une toute nouvelle ivresse. C’est à la fois léger, brut, déconcertant, plaisant. Enivrant en somme.

Photo David Desreumaux

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On n’est pas là pour mettre les gens dans des cases, mais tu sais Hexagonaute qu’on a toujours cette fâcheuse manie de vouloir rapprocher tel artiste de tel autre, de lui octroyer une étiquette. Après, une étiquette ça colle et l’artiste est un peu emmerdé avec. Avec Zaza, on n’a pas trop ce problème finalement. C’est ardu de l’estampiller et c’est tant mieux. Cette fille est un peu au confluent d’inspirations diverses et son oeuvre est une palette à cette image. Il y a de la veine réaliste dans tout ça, le tango étant toujours sous-jacent. Il y a parfois un côté plus pop, un côté plus hip hop (hip pop ?), un air de variété raffinée mais surtout une assise plaisante et confortable qui renvoie au Gotan Project des premières heures où la syncope apporte une tension musicale. Sur des morceaux comme Le Départ, Garçon, Tigre, Les chiens et d’autres.

Mais Zaza Fournier n’est pas que musique. Déjà, dans sa caisse à outils, elle a des cordes vocales à nulles autres pareilles. Une voix surprenante, typée, racée. Ce n’est pas une châââââânteuse du genre qui bêêêle ou tout ça, non, et c’est justement en cela qu’elle est intéressante. Pas de prouesses à mal finir chez The Voice ou consorts, mais un timbre qui s’accorde en mille avec son univers musical et textuel. Parce que chez Zaza, il y a du texte également. Il ne faut pas sous estimer cet aspect sous couvert d’originalité musicale. Zaza Fournier est une meuf d’une trentaine de balais et elle raconte des histoires qui colle à sa génération. Il est beaucoup question de relations amoureuses, beaucoup question des mecs et la tension que j’évoquais plus avant dans la musique, sert une autre tension qui se joue dans le texte. La relation de couple, plutôt homme / femme chez Zaza, est très souvent racontée sous la forme d’un combat, d’une lutte comme sur Les Chiens ou Tigre où cette femme se plaint d’être habitée par un tigre, « un tigre en moi qui fait fuir mes amants » mais aussi un tigre « qui défend son bifteck quand on veut jouer avec. » On ne parlera pas de féminisme chez Zaza Fournier, ce serait tout à fait réducteur, même si l’on sent toute l’ironie sur Garçon lorsqu’elle réclame les mêmes (passe) droits que les hommes ! « Je veux être un garçon / le nez dans mon blouson / Plaquer mes ch’veux en arrière / Me la jouer solitaire, » puis « Je veux trainer dans la rue / Sans qu’on regarde mon cul. » On dira simplement qu’elle vit et chante en femme lucide, consciente de la complexité des relations, pas dupe du machisme universel qui pèse lourd et bas comme un couvercle mais malgré ces contraintes séculaires, elle montre qu’une forme de résistance de velours est possible.

Photo David Desreumaux

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Il faut dire quelques mots sur l’artiste de scène qu’est Zaza Fournier. Chanter c’est bien, mais un spectacle, c’est un peu plus que cela. Elle le sait la Zaza et sans partir dans d’interminables logorrhées, elle introduit ses chansons toujours par quelques facéties, par quelques traits d’humour auxquels elle fait participer le public. Parce que ouais, cette fille écrit bien, chante bien mais elle est drôle aussi ! Ce qui ne gâche rien. Comme par exemple, le fait d’aller chanter une partie du rappel au fond la salle, pour se rapprocher des gens qui ont payé le même prix que les autres mais qui ne l’ont pas vue d’aussi près que ceux qui étaient devant. A-t-elle fait remarquer.

Mardi soir, pour que la fête soit complète à L’Européen, Zaza avait invité quelques amis à la rejoindre sur plusieurs morceaux. Parmi eux, la fort sympathique Cléa Vincent. On se souvient que les 2 filles (avec également Luciole) avaient joué tout le mois de juillet 2014 dans un spectacle intitulé Garçons (tiens tiens, encore !). Là, c’est sur Quoi que tu fasses qu’elles se sont donné la réplique, avec Cléa au piano. Une belle complicité, beaucoup de sourires, beaucoup de plaisir à se retrouver sur une même scène. Beaucoup de plaisir dans la salle également. Une salle bondée, j’allais oublier de le préciser.


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