HomeReportagesOldan, gentleman sombre et charnel

Oldan, gentleman sombre et charnel

Photo Mickaël Le Bleis

Oldan, gentleman sombre et charnel

Les Trois Baudets, avec ses sièges et son rideau rouge sang, ses lumières de club de jazz était définitivement le lieu idéal ce jeudi 19 mars, pour apprécier Oldan dans toute sa noirceur ironique et sensuelle.

Photo Mickaël Le Bleis

Photo Mickaël Le Bleis

Feutre noir et manteau trois quart à la coupe impeccable, OLDAN soigne tout autant sa mise que son entrée sur scène. Il prend tout son temps pour poser délicatement son verre, que l’on devine rempli d’un rouge soyeux et long en bouche… Sa silhouette inquiétante se découpe en contre jour dans la pénombre rougeoyante. Et lorsqu’il se proclame l’ange noir sans nom, Lucifuge déchu, on est vite tenté de le croire. Sa voix suave et persuasive achève de nous convaincre qu’il est le serial K, l’homme sans nom, dont il ne fait pas bon faire la rencontre. S’il se cherche dans le miroir tel un Dorian Gray amnésique, il n’en retire qu’une seule certitude ; il n’est pas quelqu’un de bien… Mais Oldan quitte vite sa défroque de Hyde décadent pour laisser place à un Jekyll certes moins vénéneux mais tout autant sulfureux. Car le bougre connait son abécédaire amoureux sur le bout de la langue, caressant le verbe comme d’autres la chair, bien soutenue en cela par la voix cristalline de Claire Farah. Et s’il célèbre jusqu’à plus soif la Femme, qu’il imagine nue sur la dune, même une pierre peut s’avérer objet de désir… Son vertige a indubitablement des réminiscences bashungiennes, grâce à la guitare de Patrick Mattéis, qui a composé pour lui les musiques de ses deux albums.

Photo Mickaël Le Bleis

Photo Mickaël Le Bleis

Chez Oldan, le geste est d’une précision chirurgicale et théâtrale ; chassez le naturel d’un comédien qu’il n’y a pas si longtemps, incarnait au théâtre le dandy ultime, Oscar Wilde himself et il revient au galop. Tout au long de son spectacle, il demeure sur le fil de la pose mais sans jamais y tomber. Car n’allez pas croire qu’il se la joue Beau Brummel égotique et érotique. Son singe, dont l’appendice caudale serait donc selon lui le véritable point commun avec un homo plus erectus que sapiens, est empreint d’une autodérision et d’une ironie qui doit beaucoup à l’homme à la tête de chou. Un « actif productif à tendance possessif, qui prend des pilules, des cachets et qui aime autant les chiennes que les chattes, en vrai démocrate. » Rhabillé pour l’hiver le mâle séducteur… Fort de ce thème rassembleur – et sans doute aussi pour sa mélodie rythmée par les percussions d’Alain Belamiri – Oldan se décide à nous gratifier pour le rappel du dit primate. Excellent choix donc pour conclure ce concert, Comme le singe est sans conteste le titre le plus « dansant » de son répertoire. Mais le point d’orgue de ce set aux Trois Baudets fut bien l’invitation au public, visant à se procurer son dernier opus. Il se tire avec brio de cet exercice imposé, surprenant son monde en comparant ce second CD à son dernier enfant. Un enfant qu’il serait déraisonnable de séparer de son jumeau, surtout pour la modique somme proposée… Classieux jusqu’au bout comme aurait dit Mister Gainsbarre !


Share With:
Author

d.madelaine@noos.fr

No Comments

Leave A Comment