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Liz Van Deuq, sur le divan d’Anna-Liz

Elle a un air espiègle, un petit côté Giedré sans les gros mots dedans. Elle chante, le fait plutôt très bien et présente toutes les marques de l’inlassable bosseuse, de la fille qui sait ce qu’elle veut et qui s’en donne les moyens. Liz Van Deuq, puisque c’est d’elle dont il s’agit, n’est pas une bleusaille dans la chanson. Voilà déjà 8 ans qu’elle arpente les scènes et plus encore qu’elle use les claviers de piano. Elle n’a cependant sorti son premier album que début 2014. Album bien fichu aux solides atouts qui dévoilent une artiste au croisement de Klô Pelgag, Jeanne Cherhal et Véronique Sanson. Album qui lui a valu le 26 février dernier de décrocher le Prix Moustaki 2015, succédant ainsi à Robi. On l’a reçue chez Hexagone, quelques jours après cette victoire. On en est un peu fiers et on a rencontré une bien belle personne avec la tête sur les épaules et qui ne rechigne pas à la déconne. Tout pour nous plaire.

Photo David Desreumaux

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Hexagone : Histoire de te connaître un peu mieux, raconte-nous d’où tu viens.
Liz Van Deuq : Je suis originaire de la Nièvre, j’ai ensuite fait mes études à Tours en musicologie. Par la suite, j’ai fait une année à Montréal. Puis, une autre année d’étude à Paris en Capes / Agreg en musicologie où j’ai échoué. Aujourd’hui j’habite à Orléans.

Hexagone : Tu habites Orléans depuis longtemps ?
Liz Van Deuq : Ça fait 5 ans. Je me suis retrouvée à Orléans parce que j’ai travaillé comme journaliste radio pendant 2 ans et demi. Comme je n’ai pas eu les concours, j’ai trouvé du travail pour une radio associative, à la fois comme programmatrice, comme journaliste, comme technicienne son. J’ai travaillé pendant 2 ans et demi pour cette radio qui s’appelle Radio Nevers et après j’ai travaillé 2 ans et demi pour Vibration en tant que journaliste. Je voulais évoluer et je trouvais intéressant de découvrir l’univers des grands méchants loups de la musique, de voir comment cela se passait dans ces stations commerciales. Puis, je suis parti, je n’évoluais plus dans mon travail. Alors, j’ai commencé à monter mon intermittence et à travailler à 100% sur le projet Liz Van Deuq (ndlr : Liz van Deuq est le nom de scène de Vanessa Dequiedt).

Photo David Desreumaux

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Hexagone : Ca t’a pris du temps de parvenir à monter cette intermittence ?
Liz Van Deuq : Un an et demi environ. Sur la deuxième année de mon chômage, j’ai réussi à avoir mon nombre de dates. Ça s’est bien passé.

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Hexagone : C’est compatible aujourd’hui d’être artiste, chanteuse et d’habiter Orléans ?
Liz Van Deuq : J’ai toujours été très attachée à l’aspect local. Pour moi, tout se passe au niveau local ou pas très loin. Paris m’a toujours fait peur et aussi parce que Paris, pour les artistes, ce n’est pas génial. La question se poserait peut-être aujourd’hui s’il y avait un développement du projet mais en même temps, Orléans est à une heure de Paris… C’est une bonne solution intermédiaire. J’ai besoin d’espace dans ma vie pour pouvoir créer. Là, j’ai une pièce dans l’appartement qui est dédiée à la musique, c’est une vraie bouffée d’air pour moi par rapport à mon ancienne vie où j’étais plus à l’étroit.

Hexagone : A quel moment t’es venu l’intérêt pour la musique ?
Liz Van Deuq : C’est compliqué. La musique, c’est large. Depuis toute petite. J’ai fait du piano, du synthé. Il y a eu des divorces également. La musique, je pense qu’elle a toujours été là mais le déclic chanson plutôt est venu à l’époque où j’étais programmatrice. Tu reçois plein de disques, tu écoutes plein de choses et tu cultives ton oreille. Des choses comme Claire Diterzi, etc. Tu fais ton tri, tu fais ton goût et la formation du goût a été une étape très importante.

Hexagone : L’idée du projet Liz Van Deuq est apparue à quel moment ?
Liz Van Deuq : Après les années fac, sur la première année où je travaillais à Radio Nevers.

Photo David Desreumaux

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Hexagone : On est en quelle année là du coup ?
Liz Van Deuq : 2007. Premier concert en 2008 avec 5 chansons à la fête de la musique à Nevers. Passage obligé…

Hexagone : On retrouve sur ton album, paru début 2014, des chansons qui datent de cette époque.
Liz Van Deuq : Oui, la chanson Mon île qui avait un arrangement déjà très électronique. Je me censure beaucoup. La chanson doit passer des étapes différentes pour qu’elle soit crédible pour moi et que je puisse la mettre sur un album. J’écris beaucoup mais peu de choses me plaisent dans ce que j’écris. J’en garde peu.

Hexagone : Cet album, Anna-Liz, a mis du temps à sortir. Tu peux en parler ?
Liz Van Deuq : C’est vraiment une histoire de développement, de carrière, de rencontres. Je voulais sortir un album et ça déjà c’est un problème. La gestation a pris 18 mois, il a fallu le temps de trouver un distributeur, de convaincre ce distributeur (L’Autre Distribution), de réfléchir ensemble à la date de sortie. Mettre en place un planning concernant la sortie, la promo, les envois de disques, à qui, etc. Qu’est-ce qu’on est susceptible d’atteindre, etc.

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Hexagone : Aujourd’hui, l’autoproduction, c’est un impératif pour les ACI ?
Liz Van Deuq : Oui. Les labels sont frileux parce que les diffusions en radio sont bloquées. La chanson française n’a pas bonne presse auprès du grand public ou alors une chanson très lisse. Pourtant on a des artistes et des auteurs qui font des choses différentes, variées et qui prennent des risques. Ce qui est diffusé en radio, c’est formaté, c’est quatre accords, toujours les mêmes. Il ne faut pas que la chanson soit trop compliquée, il faut avoir un timbre de voix, une puissance de voix. Je ne sais pas, je vois The Voice, c’est un peu la même chose, la recherche de la performance, un formatage. C’est froid finalement.

Hexagone : Pour ta part, tu n’abordes pas toujours des thèmes habituels de la chanson. Anna-Liz, par exemple, que raconte-t-elle cette chanson ?
Liz Van Deuq : C’est l’étude de soi-même à travers l’angle psychologique. Il fallait faire une chanson un peu funk avec ça. C’est une de mes premières chansons mais j’en suis fière. J’ai l’impression que je n’arriverai jamais à écrire à nouveau une chanson pareille. C’est un peu un extraterrestre et en même temps, je l’adore. Je voulais parler de ce sujet de façon enjouée.

Hexagone : Le fil, c’est quoi, la schizophrénie, les doutes de l’artiste ?
Liz Van Deuq : Pas forcément dans cette chanson-là, je pense que c’est une schizophrénie de manière générale, susceptible de toucher tout le monde. Ici la chanson parle des problèmes psychologiques de Liz Van Deuq mais j’espère que tout le monde s’y retrouve. C’est l’objectif.

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Hexagone : Pile au milieu de l’album, il y a Wie Melodien Zieht. En allemand donc. C’est du Brahms. Pourquoi ?
Liz Van Deuq : C’est une influence directe de l’arrangeur de l’album et de mes études de conservatoire de Nevers où j’ai étudié le chant classique pendant 2 ans. On avait fait cette chanson avec une voix de classique lyrique et je trouvais la mélodie très jolie et qu’on pouvait très bien l’adapter en version folk chantée.

Hexagone : J’ai remarqué que tu pratiques beaucoup la mise en abyme sur cet album : Au conservatoire, Chanson qui parle, Je suis une artiste. Pourquoi ?
Liz Van Deuq : J’aime bien parler de mon métier parce que je me sens légitime de le faire. Je ne saurais pas parler d’un carrossier par exemple, parce que je ne connais pas le métier. Alors qu’au moins la chanson, j’en fais un peu. Et puis, ce n’est pas vraiment un métier, c’est un peu ambigu. C’est ça qui est intéressant.

Hexagone : L’envie de chanter, ça t’es venu comment ?
Liz Van Deuq : Peut-être en faisant des reprises. Quand j’étais étudiante, je participais à des groupes de bal, pour les mariages et il fallait chanter. J’étais un peu chanteuse par défaut, je suis pianiste à la base. Ça n’a pas été évident avec ma voix, mais je m’habitue à mon timbre et j’essaie de le travailler. Et finalement, je suis assez flattée de constater que ma voix m’a servi pour 2 boulots différents jusqu’à présent.

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Hexagone : Comment passe-t-on du lyrique à la chanson ?
Liz Van Deuq : On fait du lyrique pour essayer d’apprendre à chanter et pour avoir des bases techniques. Le lyrique ne m’intéressait pas en tant que tel, je voulais juste acquérir de la technique pour pouvoir l’intégrer ensuite sur de la chanson. Mais la bascule a été lente. C’est difficile les ponts. Il y a la technique respiratoire, la respiration qui reste valable d’un registre à l’autre mais à côté de ça, je cherche encore des choses.

Hexagone : Est-ce que tu as des influences en chanson ?
Liz Van Deuq : Je suis la première fan de Clarika au monde ! Jeanne Cherhal, Camille, Marie-Paule Belle.

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Hexagone : Ce sont celles que tu écoutes aujourd’hui ?
Liz Van Deuq : Non parce que j’essaie d’écouter d’autres choses aussi. Pour me faire une oreille. J’écoute Christine & The Queens comme tout le monde en ce moment. En 15 jours, tout le monde me parlait de Christine & The Queens alors ça m’énervait, j’ai écouté. Je trouve ça très bien.

Hexagone : Le piano-voix pour toi, c’est une évidence ?
Liz Van Deuq : C’est pratique. Le guitare-voix serait encore plus pratique pour pouvoir voyager. En fait, mon spectacle piano-voix en solo ressemble à un One Woman Show mais avec un piano. Des fois je me dis que je fais de la musique mais qu’il n’y a pas que ça. Il y a la posture du personnage également.

Hexagone : Je trouve qu’il y a chez toi un mix entre Klô Pelgag et la Jeanne Cherhal des premiers albums.
Liz Van Deuq : Ça me fait plaisir. Klô Pelgag, je ne me sens pas hyper proche et en même temps je peux comprendre. Jeanne Cherhal, j’aime beaucoup et j’ai beaucoup écouté surtout son premier album.

Hexagone : Ça se passe comment l’écriture d’une chanson chez toi ?
Liz Van Deuq : C’est la galère. C’est vraiment compliqué et c’est de plus en plus dur. Je ne sais pas comment je vais faire. Ça me pose des cas de conscience. Il y a des chansons qui prennent 3 jours et des chansons qui prennent 8 mois, un an, un an et demi mais il faut qu’elles soient justes.

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Hexagone : C’est la situation de beaucoup d’artistes.
Liz Van Deuq : Oui, je pense que je ne dois pas être seule dans ce cas-là. Mais l’écriture est une vraie difficulté pour moi. Je ne suis pas à l’aise avec l’écriture. J’ai l’impression que ça me demande un effort de dingue alors que c’est le métier que je prétends faire. Ensuite, en général, une fois qu’elle sont faites j’en suis contente. Chanson qui parle par exemple est une chanson qui m’a demandé beaucoup de temps mais je suis très contente de ce qu’elle raconte.

Hexagone : Finalement, te sens-tu davantage auteure, compositrice ou interprète ou les 3 à la fois ?
Liz Van Deuq : Peut-être auteure quand même, sur certaines périodes. J’ai encore du travail au niveau de l’interprétation. Au niveau musical, c’est assez convenu ce que je fais. En même temps, ce que je voulais au niveau musical sur ce premier album, c’est qu’il y ait plein de styles différents. Ce que j’aime dans cet album, c’est cette diversité avec une chanson un peu funk, une plus rock, etc. Et différents rythmes également. Plus rock, plus enlevés et ça, ça me plaît. Le challenge sera d’arriver à se renouveler dans un nouvel album où il y aura une richesse de cette sorte-là.

Hexagone : Tu l’envisages pour quand ce second album ?
Liz Van Deuq : Je ne sais pas précisément encore. Pas avant 2016.

Hexagone : Tu as déjà commencé à écrire ?
Liz Van Deuq : Bien sûr. J’ai neuf chansons en plus de celles du premier album. Il m’en manque trois.

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Hexagone : Tu viens de gagner le Prix Moustaki. Tes impressions ?
Liz Van Deuq : Et bien, c’est super ! C’est exactement ce que je voulais. L’année dernière, j’ai assisté au prix en tant que public pour voir ce qu’il en était. J’ai envoyé mon disque en décembre, puis j’ai appris ma qualification pour la demi-finale, puis la finale. Et puis, je repars de Malheserbes avec un diplôme, alors je suis hyper contente.

Hexagone : Avec ce prix en poche, qu’attends-tu pour la suite de ton parcours ?
Liz Van Deuq : Une reconnaissance et une diffusion au niveau national. Pour ça, c’est important d’avoir remporté un prix parisien, Paris capitale de la France.

Hexagone : Succéder à Robi, ce n’est pas rien…
Liz Van Deuq : Oui, c’est énorme.

Hexagone : Lors de la finale du Moustaki, tu as chanté Des Rides et une inédite, Disque d’or. Pourquoi avoir fait ce choix de chanter une inédite alors qu’on t’attendait davantage avec la tubesque Au conservatoire, par exemple ?
Liz Van Deuq : J’avais envie de proposer quelque chose de nouveau pour moi-même et pour le jury. Je teste Disque d’or. J’étais dans une procédure de test. Je n’avais pas envie d’être sur quelque chose d’évident. Ça fait huit ans que je chante mes chansons, j’avais envie de chanter des nouvelles. C’était un gros pari. On a vraiment discuté longtemps avec le manager et le tourneur pour valider ce choix.

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Hexagone : Tu participes beaucoup aux prix, concours, radio-crochets, etc. ?
Liz Van Deuq : Oui, je me suis inscrite à peu près à tout ce qui existait mais cette année, j’ai loupé l’inscription du Pic d’Or. Je suis dégoûtée. Je fais Le Mans Cité Chanson tout prochainement, c’est chouette.

Hexagone : Ta relation avec la scène. Est-ce que tu fais ce boulot avant tout pour monter sur scène ?
Liz Van Deuq : Je ne sais pas si c’est le disque ou la scène le plus important pour moi. Dans l’absolu, la scène, ça fait vivre. La nécessité de la scène pour l’artiste en France, aujourd’hui, elle est là.

Hexagone : Donc ce n’est pas quelque chose de vital pour toi la scène ? Tu ne cherches pas ça absolument ?
Liz Van Deuq : Si, carrément, bien sûr.

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Hexagone : Tu te produis en solo ou en trio. Dans quelle configuration te sens-tu la plus à l’aise ?
Liz Van Deuq : En solo, je sais où je vais. Avec le trio, j’ai encore des doutes. Mais j’adore mes musiciens, ce sont des amis. On fait des projets en dehors.

Hexagone : Tu as une présence sur scène, un rapport au public assez rare. Tout passe dans le regard. On te voit – comme au Moustaki – te tourner à 180° pour le fixer. Que cherches-tu à faire passer au public ?
Liz Van Deuq : Je veux vraiment leur exprimer la chanson à eux. Si je fais la chanson, ce n’est pas pour moi, c’est pour que eux l’entendent. C’est plus pratique pour moi lorsque je suis en piano numérique parce que je suis face aux gens. Avec le piano à queue, c’est plus compliqué. Je pense que c’est une erreur d’interprétation de ne pas regarder les gens ou alors il faut que ce soit motivé par la chanson. Il m’arrive de ne pas regarder les gens mais c’est un signe. Ça veut dire « je suis pudique par rapport à ce que je suis en train de vous exprimer, je ne vous regarde pas. » Au Moustaki, il y avait quelque chose de particulier. Jouer devant 500 personnes, ce n’est pas si souvent, c’est très émouvant d’échanger ces regards. Tu te prends une décharge d’émotion incroyable.

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hexagone.lemag@gmail.com

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