HomeArtistesLe Prince Miiaou à la Gaîté Lyrique – « Elle est habitée… »

Le Prince Miiaou à la Gaîté Lyrique – « Elle est habitée… »

« Elle est habitée… c’est comme la banlieue, y’a du monde dans les tours »

Non, cette citation liminaire n’est pas de moi, mais d’un poète anonyme à qui l’on demandait comment il avait trouvé le Prince Miiaou ! Mots absolument incongrus et parfaits pour illustrer cet article.

Non, Elisa et son Prince n’habitent pas une tour, mais vivent à l’horizontale à la campagne… le Prince, les chats, mais de quoi me parle-t-elle te dis-tu ? Rappelle-toi!, j’ai déjà évoqué le royaume du Chat et de Maud-Elisa alias le Prince Miiaou. Je t’avais dit qu’il était une fois une princesse qui perdait des « œils », qui avait souci d’équilibre entre le gauche et le droit… dépossession, fragmentation corporelle… ne m’étaient pas étrangers ces problèmes d’organes et d’hémisphères… J’ai deux yeux, ma p’tite chanson de cœur, la seule en français (enfin, je croyais), tous les autres titres en anglais… j’avais donc écouté les 2 derniers albums… j’aimais bien mais je n’étais pas conquise, il me manquait quelque chose… j’avais regardé les sessions live qui m’avaient beaucoup plus touchées que les albums studio alors je me suis dit que le chaînon manquant pour vraiment entendre le Prince était peut-être le live…

… Gaîté lyrique, co plateau avec Perez, que je ne connaissais pas et dont je ne parlerai volontairement pas ici pour ne pas être trop désagréable étant donné qu’ils m’ont trop fortement fait penser à un autre groupe ce qui m’a faussé tout le plaisir… j’ai donc pris mon mal en patience en faisant un peu de Yoga des jambes et en ruminant dans ma tête.

Mesdames, messieurs, bienvenue chez Le Prince Miiaou ! IMG_5899
Introduction en mode je fais ma fille : Elisa est gracieuse ce soir dans son combishort à fleurs et j’ai gravement fixé sur ses bottines. Pas seulement par fétichisme mais parce qu’elle s’exprime beaucoup avec ses pieds, avec la grâce et la légèreté d’une ballerine tout autant qu’avec la hargne d’une frappe de footballeuse (Football team). On parle souvent d’ « œils » expressifs, mais les pieds aussi ont des choses à dire, tout autant que les doigts et, ce soir, les pieds d’Elisa étaient bavards et m’ont fait la course et la cour.

Si j’étais venue avec 2/3 doutes dans le sac à dos, il se sont envolés aussi sec. J’ai tout se suite accroché à leur set, pas une pointe d’ennui ne m’a frôlée. Sur scène, décor raccord avec le visuel de l’album Where is the Queen ? , avec triangles à LED créant des effets hyper contrastés et où se reflètent, comme dans un théâtre d’ombres, les musiciens. Le tout en bleu majeur. Et ce soir, en bonus, 2 violons sont venus prêter cordes fortes au violoncelliste du groupe. Une configuration idéale pour mettre en valeur les envolées parfois lyriques de notre Prince.

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Il faut peut-être aussi que je te fasse un petit topo concernant le Chat. Elisa est une autodidacte, travaille surtout sur des machines (Iphone, ordi, etc.) dans son petit studio de 6 m² (pas toujours). Travailleuse acharnée, exigeante, en tête à tête le plus souvent avec elle-même. Travaillant sans solfège et partitions, c’est son violoncelliste, pianiste et aussi bassiste, François-Pierre Fol, qui s’est occupé de tout transcrire pour la scène. Avec brio. Voilà une belle team où l’ont sent un réel plaisir de jouer ensemble. Sur scène le son est fort, parfois, mais la voix d’Elisa pourtant ne se perd pas, monte souvent, va vers les cris; s’expand. L’énergie alterne sons et gestuelle rock – corps saturé – avec des moments plus tristes, comme le dit l’intéressée elle-même. Un mal nécessaire pour reprendre ensuite un peu mieux la lumière. En peinture on dirait « clair-obscur », ici on n’est pas loin de l’oscillation New wave entre énergie punk et romantisme torturé et en se mettant à extrapoler un peu, on imaginerait bien Elisa photographiée par Daido Moriyama*.

IMG_5791Avant ce concert, je trouvais dommage qu’il n’y ait qu’une chanson en français, non pas par chauvinisme – elle chanterait en romané ça m’irait très bien ! -, mais parce que j’étais totalement tombée sous le charme de la chanson J’ai deux yeux et j’imaginais que son talent d’écriture en français était sous-exploité. J’avais bien lu de ci de là que les mots lui venaient plutôt en anglais, mais ce que je ne savais pas, surtout, c’est qu’il y en avait d’autres. Sur leur premier album, Nécessité microscopique. J’ai donc pu découvrir ces titres oubliés ce soir et j’ai été largement exaucée quand a retenti cette phrase : « j’commence à me remplir par le pied gauche généralement »*… merci pour cette phrase et pour la chanson entière !; je ris suis étonnée séduite, je retrouve les p’tits soucis hémisphériques et je me rends compte en même temps de la particularité de son chant en français : on est plus proche de la scansion d’un poème, tendance accélération du tempo. On n’est parfois pas loin de l’esprit beat… un truc qui touche aux battements du coeur.

Je capte un esprit en équilibre entre humour et larmes. Je vois ses tremblements. Elle qui doit apprivoiser la scène et qui en a souffert, physiquement, au point de vouloir tout arrêter… c’était avant la sortie de l’album Where is the Queen ?, réponse en chanson : « Who is asking? – I can not tell – She’s gone – Gone where? – Just gone. » Elisa s’en était donc allée, aux US, exil… en est revenue… a décidé de remonter sur scène, de continuer. Ce concert à la Gaîté marquait la sortie de son triptyque d’hiver* : 3 chansons 1 clip… pour ma part j’ai déjà hâte de découvrir les autres saisons (je mise pas mal sur l’été) et je dois te dire que, depuis ce soir-là, j’écoute d’un œil nouveau (mais pas toujours le même) les titres du Prince, en découvre d’autres, avec de plus en plus de délectation et je suis complètement rassurée :

Elle est retrouvée.
Qui ? – La reine.
C’est le chat allé
Avec les sirènes.*
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*Daido Moriyama – photographe contemporain japonais – site
*No compassion avalaible – sur l’album Safety first – 2009
*Site off du Prince
*Revisitation libre du poème L’éternité de Rimbaud

Pour se procurer le triptyque d’hiver

FACEMIIAOU


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Author

rosodonia-sintia@yahoo.fr

Comments
  • Le problème c’est qu’elle chante mal… on peut appeler ça un problème!!!! Dommage pour les musiciens du groupe…! Elle se croit meilleure qu’elle n’est.

    3 février 2015
    • Elle ne chante pas mal, il ne faut pas exagérer. Beaucoup ont réussi sans avoir une voix a la Ela Fitzgerald (ou Édith Piath si tu préfères). Son point fort c’est la composition des sons et l’expression crue des sentiments. Enfin, si tu pretes attention a ce qu’il se dit, elle a plus un probleme de manque de confiance en elle que d’arrogance…

      4 février 2015
      • Oui bien sûr pour ton premier argument mais je suis désolé elle ne chante pas très juste et est assez limitée (sans parler de l’accent en anglais.!) Manque de confiance? j’en doute FORTEMENT, on peut voir que c’est un jeu.. quelqu’un qui se comporte comme cela ne manque pas de confiance. Il faut arrêter le « les grandes gueules sont en fait de grands timides.. »
        bon bref..

        4 février 2015

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