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Gaëlle Vignaux, c’est Icare au Jemmapes

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Mardi 16 décembre 2014. Espace Jemmapes. La Scène du Canal à Paris. C’est Noël avant l’heure, j’te jure ! Sur un même plateau, Garance et Gaëlle Vignaux ont présenté un set impeccable. Je te raconte un peu.

C’est Garance qui a déclenché les joyeuses hostilités et je n’en ferai pas très long sur sa personne tant tu sais, Lecteur Hexagonal, que nous avons déjà réservé à plusieurs reprises quelques beaux éloges à ses prestations. Va voir ici

Hier, seule à la guitare, Garance s’est exécutée avec maîtrise et avec humour entre les morceaux compris, pour balancer ses chansons de jeune fille cash qui n’entend pas se laisser monter sur les orteils. C’est toujours musclé, spontané et frais. Ses mélodies sont redoutablement efficaces et son écriture affiche une originalité manifeste adossée à un goût du vers finement machouillé en bouche.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Court intermède, le temps d’un changement de plateau. La salle est bien remplie et ça fait plaisir à voir. Les quatre musiciens se mettent en place, dont Clément Petit, colonne vertébrale du dernier album, J’aime tes Ex, album sur lequel s’appuie le spectacle présenté. Guitare électrique, batterie et autres variations percussives associées, violoncelle et cuivres. Petit moment de silence puis arrive Gaëlle Vignaux, sur la pointe des pieds et des bottes mais déterminée. Ensuite, les titres s’enchaînent comme autant de flèches décochées, l’ensemble emmené par le dynamisme et l’énergie sans faille d’une Gaëlle Vignaux qui fait mouche. C’est un moment rare qui s’offre au public et se prolonge jusqu’au rappel. Émotion parfois intense ou sur le fil dérisoire. Tout cela en fonction des thèmes et des textes que Gaëlle chante.

Dans son carquois, Gaëlle Vignaux a de quoi te faire passer par pas mal d’états. Quand elle chante qu’elle est « La moche qui garde les sacs des copines en soirée / qui garde le cul dans le clic-clac pendant que les autres vont danser, » on sourit, d’un sourire un peu coupable car on se souvient tous avoir vu une copine, une meuf pas terrible dans cette situation. On s’avoue dans le secret de son for intérieur qu’on a été un petit peu vache quand même. Il y a toujours cette double dimension dans les chansons de Gaëlle Vignaux. Rien n’est gratuit. Elle ne balance pas des piques comme ça, just for free. Non, derrière, il y a toujours une invitation à se gratter les méninges. Et si tu vois pas, ben cherche un peu, c’est que t’as raté quelque chose. Au demeurant, cette moche, La moche, elle fait spontanément penser à la chanson de Nicolas Jules, Le sac à ma copine.

Photo David Desreumaux

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Ce même Nicolas Jules qui viendra rejoindre Gaëlle Vignaux sur scène, le temps du duo, Notre ombre. Ici, c’est l’amour qui est convoqué. Pas l’amour fleur bleue du genre Est-ce que tu viens pour les vacances, non, un truc de la vraie vie qui parle d’une relation amoureuse qui s’effiloche. « Main dans la main on se sent seul / La preuve, regarde bien notre ombre / Dis-moi combien on se dénombre / Regarde le fruit de ce que l’on sème / Nous ne sommes plus que l’ombre de nous-mêmes. » Le verbe est simple, la situation complexe et Gaëlle se plaît à faire se côtoyer ce type d’ambivalences entre fond et forme pour autant d’histoires qui passent les turpitudes de la vie en revue. La vie toute simple, celle des gens ordinaires, des comme toi et moi.

Le verbe est simple, dis-je, mais invite la poésie comme exutoire, implacable et lumineuse parole quasi performative, faisant des angoisses de nos existences quelques minutes de beauté. Les mots de Gaëlle nous exemptent de longues heures de freudien divan en leur substituant des manières d’allitérations des plus redoutables. Exemple de haute volée avec  Satanée Thanatophobie, la Mort passée au peigne fin s’interroge sur « ma folie dure, ma phobie douce de la faucheuse » qui « m’enlace chaque soir / S’invite dès qu’il fait noir. » Au rang des émotions fortes, je pourrais te les citer à peu près toutes. Mini miss qui épingle les travers d’une société qui tourne à l’envers, Chialeuse qui amuse, J’aime tes ex (introduite par une citation de guitry*), l’intimiste Par voix de faits, la très festive Les fâchés que tu peux retrouver en vidéo ci-dessous et Des épaves. Des épaves pour qui « Toutes les déroutes mènent au rhum / Au bar tremens delirium » et qui recensent « Des naufragés par douzaines / Des échoués, des Capitaines / Fracassés. » Une ambiance chaleureuse posée sur des vies d’infortune, on en sort le souffle coupé.

Photo David Desreumaux

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Sur le plan musical, c’est net, carré, précis. Ça joue vite, ça joue en sensibilité, ça joue fort, ça joue bien et sur des ambiances variées, entre acoustique et électrique. Le tout soutenu et clairsemé de percussions subtiles. Recherchées. Raffinées. On est dans du haut de gamme et l’on retrouve la belle homogénéité de l’album J’aime tes ex. La formule en groupe apporte un surcroît d’énergie que l’on ne peut hélas pas retrouver dans une prestation en duo, bien évidemment. On profite alors de ce moment rare qui, comme la plupart des projets et spectacles aujourd’hui, n’a pas la chance de pouvoir exister plus souvent dans sa complète formule. La faute à la crise qu’on nous dit…

Les deux premiers albums de Gaëlle Vignaux la présentaient flanquée de deux ailes dans le dos. Le tournée de J’aime tes ex, qui côtoie de près l’astre solaire, montre une Gaëlle enrichie par l’expérience d’Icare. Du meilleur augure pour briller dans le Dédale de la chanson.

* « Abstenez-vous de raconter à votre femme les infamies que vous ont faites celles qui l’ont précédée. Ce n’est pas la peine de lui donner des idées ». Ça c’est de Sacha Guitry. Que j’aime beaucoup. Mais je crois que je n’aurais pas trop aimé le rencontrer.


T’as vu les photos comme elles sont jolites en tout petit ? Ouais ? Elles sont encore plus belles en grand si tu cliques dessus !
La vidéo, tu la passes en HD comme ça l’image sera de bien meilleure qualité !


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