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Chloé Lacan, ça déménage à 3 !

Chloé Lacan, ça déménage à 3 !

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Il y a des soirs comme ça où tu vas assister à un spectacle, tu sais que ça va être bien mais tu prends quand même une grosse claque dans ta face ! Je te dis pas ce que tu as raté mardi soir 7 octobre, rue Biot, à L’Européen, où Chloé Lacan avait fixé son important rendez-vous parisien.

Après neuf ans de Crevette d’Acier sous le patronyme de Madame Flutiau, après quatre années à pratiquer ses Plaisirs Solitaires, c’est accompagnée de Nicolas Cloche au piano et à la batterie parcimonieuse et de Brice Perda aux cuivres – « aux tuyaux et à l’haleine fraiche » – que Chloé Lacan a comblé la salle comble avec son nouveau spectacle, Ménage à Trois. Si le nom du spectacle s’amuse volontiers d’une relation qui comporte un personnage de trop pour se mettre en conformité avec la morale publique, il faut reconnaître que ce trio fonctionne et s’entend à merveille.

Photo David Desreumaux

Photo David Desreumaux

Sur scène, Lacan fait le Jacques mais son divan, c’est ses chansons. Et quelles chansons ! L’univers de la Crevette d’Acier jouait beaucoup sur la veine burlesque et comique. Chloé Lacan, en solo à trois, présente une palette de chansons dans lesquelles, si l’humour est parfois présent, il vient en contrepoint à quantité de sentiments. Il est un rempart, une arme de destruction de la bêtise massive.

Ce Ménage à Trois nous invite dans une ambiance poétique musicale, dans des impressions plus que des narrations. Sur fond de mélodies tantôt planantes, tantôt enlevées pour chanter l’amour sous toutes ses coutures, sans concessions, sans fioritures.L’amour et la jalousie, ce ménage à trois. Un manège à trois.

Chloé Lacan parle de gens ordinaires, de folies ordinaires. Avec violence souvent. Le réaliste le dispute à l’absurde comme pour rendre moins douloureuse la vérité de nos petits matins, dans des paysages périphériques des plus désenchantés. C’est d’une beauté cruelle, qui « donne des envies de meurtres » et où « A la pêche au bonheur, prends ta pelle et ton seau, ne crains pas petite sœur de te prendre un râteau. » Parfois, on se retrouve pris dans une scène sépia, comme dans un tableau de Delphine Courtois, où ça guinche et s’esquinte dans les bals à baluches et les bals à baises. Les images sont fortes, comme sur cette chanson qui parle d’un autre bal, celui de la vieillesse, visitée de façon crue mais avec espoir tout de même. « Au grand bal de nos vieux os, »  une promesse d’autres lendemains matins dans des bras amis de longue date.

Photo David Desreumaux

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Il est beaucoup question d’automobile dans les chansons de Chloé Lacan. Non pas sur fond de rêve américain, mais plutôt sur le mode de la fuite d’un quotidien laid dans son urbanité et sa périphérie. Une fuite en voiture, un road-movie de la classe populaire qui rêve de s’extraire à la réalité du quotidien, pour une promesse de jours plus beaux, vers une destination où il ne pleuvra pas sur l’automobile. De la poésie, je te dis, comme s’il en pleuvait pour le coup.

A trois sur scène, alternant les rythmes, les styles, les instruments, Brice Perda, Nicolas Cloche et Chloé Lacan nous tendent le miroir de nos vies. Ils apportent une légitimité à nos existences boiteuses, en quête de résilience. Une Lacan en vaut bien un autre.


Photos & Vidéo : Toutes les photos de l’article sont cliquables pour être agrandies. Pour la vidéo, pense à passer la qualité en HD 720 ou mieux encore en 1080. T’auras l’impression d’y être !


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