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Auren – Numéro

Après J’ose en 2013 chez Naïve, Auren propose un second album, Numéro, produit par le groupe Calexico et enregistré au Texas. Auren a écrit les chansons en Savoie, et son acolyte Romain Galland en a composé les musiques. On y retrouve une galerie de portraits de femmes – dont Édith, figure de femme forte qui avance sans se poser de questions. Auren alterne ballades folk et morceaux plus rock, qu’elle truffe de références cinématographiques, musicales et même sportives – « J’ai pas les jambes de Steffi Graf », chante-t-elle dans J’suis pas. Numéro se découvre et s’écoute avec grand plaisir ; des thèmes universels y sont abordés avec grâce et poésie. Les mots pesés et justes permettent à chacun, homme ou femme, de s’y reconnaître à un moment ou à un autre dans les questionnements ou l’état d’esprit. On ne peut s’ennuyer en traversant cet album tant les chansons portent des moments de vie communs à tous. Ton camion évoque un premier amour perdu, image gravée dans la nostalgie, puis des retrouvailles pudiques. Oh mon amour, long morceau très rock au centre de l’album, affirme la possibilité d’amours heureuses et sereines. C’est aussi une galerie d’émotions qui sont ici dépeintes : nostalgie, hésitation, trouble, fragilité et force sont ainsi mis en avant. « Être tout à la fois », chante encore Auren. Ce qui en somme résume cette envie d’exister et de s’assumer revendiquée dans un album résolument féministe.

Malorie D’Emmanuele


Auren
Numero
Bellevue Music – 2019

Chronique parue dans le numéro 11 de la revue Hexagone.


Mathieu Barbances – Tout contre

Il en faut du courage et de la patience à qui entre discrètement en chanson avec sa contrebasse et la seule force de sa sympathie ! Mathieu Barbances, on le croise ici et là. Discret bonhomme. Blagueur s’il faut être blagueur, sérieux quand il faut l’être, mystérieux sur son art, affable sur un plateau. Il vient de faire paraître son premier album, Tout contre. Sous une pochette dont on voit bien qu’elle n’a pas été produite par le cabinet de consulting en artwork d’une major, un cœur gros comme ça. Après des années au sein de la compagnie Jolie Môme, le bougre a le savoir-capter : expert ès convictions politiques lancées en plein théâtre de rue, il reste empreint des espérances rouge révolution de ladite compagnie. L’air de rien, derrière des chansons sans prétention, un discours se fait jour, jamais moralisateur ; tour à tour narquois et tendre, fustigeant les mots phallocrates (Pom, pom, pom, pom), apostrophant les convictions d’antan (Fils de coco) ou encore les fraternités choisies (Ma bande). Le discours passe également par la musique : jazzy, swing, douce, des cuivres tonitruants rappelant le bon temps où Miles Davis et Juliette Gréco se tenant la main donnaient foi en l’humanité. Mathieu s’illustre également par des textes parlés-chantés, sortes de monologues très nouveau roman : Autour du monde, Pas trop penser, mais surtout La balade, « Il ne peut pas être heureux », a des airs de La modification de Michel Butor. Tout contre, autoportrait en creux de son auteur, un chic type concerné par les problématiques du temps.

Flavie Girbal


Mathieu Barbances
Tout contre
Tout contre – 2019

Chronique parue dans le numéro 11 de la revue Hexagone.


Marion Rouxin – L’autre

Avec L’autre, Marion Rouxin livre un quatrième album intimiste qui questionne l’altérité. Car c’est en effet un questionnement sur les relations humaines qui est au centre de ce disque. L’autre décline ainsi celui qu’on aime, celui qui manque, celui qui est absent, et c’est la mélancolie que l’on perçoit dans la voix de cette artiste sensible. De l’autre bout du monde, lettre à l’être aimé, l’attente révèle le manque, et ce refrain qui répète : « Je t’attends. » L’absence est encore le thème de Tu es loin, un piano-voix au texte fort dans lequel les banalités de la vie quotidienne viennent pallier le manque et combler le temps qui passe. Avec Le loup, c’est tout l’amour maternel que les mots nous font ressentir, nous plongeant dans la proximité d’une relation mère-fils. Dis renvoie encore au rapport à la mère, et aux questions que chacun se pose un jour sur le sens de la vie. Cet album mélancolique mène à la réflexion et à l’introspection. L’ailleurs et le voyage y sont des leitmotivs, qui poussent à s’ouvrir sur le monde. A noter également le duo avec Édouard Leys, Météo marine, assorti d’une touche électro. Écouter Marion Rouxin, se laisser porter par sa voix et ses textes, c’est s’ouvrir, voyager. A travers elle, on découvre un peu sur soi-même et aussi sur nos semblables. L’autre – l’album – invite à écouter, découvrir, à ouvrir son esprit et, surtout, à tenir compte de l’autre – l’humain – dans son entièreté.

Malorie D’Emmanuele


Marion Rouxin
L’autre
Tilt – 2019

Chronique parue dans le numéro 11 de la revue Hexagone.


Hildebrandt – Je suis deux

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Je suis deux extrait du nouvel album d’Hildebrandt îLeL, à paraître le 13 septembre : http://smarturl.it/HildebrandtiLeL

Réalisation : Cédric Sauvaget et Charles Henri Poniard
Choréragraphie : Bénédicte Lelay
Actrice : Ava Baya
(p) & (c) AT(h)OME

—————————————————–
PAROLES :
Auprès de moi dans les mains
Secret de moi loin de vous
C’est l’envers qui me revient
Quand l’endroit me désavoue
Mon alter-égo mon au-delà
Inverser l’âme au dedans de moi

Si je suis un homme au moins
Si je suis femme après tout
Masculin et féminin
Le genre est sous les verrous
Alors j’ouvre un peu mes doigts
Que mes poings aient moins de poids

Je suis un
Je suis deux
Toi et moi d’une seule voix
Je suis plein
Je suis peu
Reine et roi dedans moi

Entre la neige et les cendres
Nous sommes des millions d’images
Ni dans le blanc de décembre
Ni dans le noir de l’ombrage
Un peu les deux à la fois
Dans le corps pas de quotas

Ce qui brûle entre mes jambes
Ne résume en rien mon être
On ne voit rien du feu qui flambe
Juste au travers des fenêtres
Regarde un peu je suis là
Mais tu ne me connais pas

Je suis un
Je suis deux
Toi et moi d’une seule voix
Je suis plein
Je suis peu
Reine et roi dedans moi

Alors pour toi j’irai trans-
Former tous mes artifices
Une femme dans ma panse
Mon bas-ventre est un calice
Buvons un peu toi et moi
Et sous l’ivresse on s’en va

Et puis je montre mes seins
Pour ne pas montrer mes ailes
Et je ressers mes deux poings
Pour y cacher mes dentelles
Regarde un peu je suis là

Je suis un
Je suis deux
Toi et moi d’une seule voix
Je suis plein
Je suis peu
Reine et roi dedans moi
Je suis un
Je suis deux
Reine et roi dedans moi

Séverin – Transatlantique

Deux ans après Ça ira tu verras qui avait confirmé son appartenance à la nouvelle scène française, le chanteur et guitariste Sévérin – ancien membre du groupe électro-pop One-Two – publie Transatlantique sous son propre label, Néon Napoléon. Plus libéré dans ce troisième opus solo, il se dévoile avec humour, spontanéité et sincérité. Ces dix titres nous permettent de mieux cerner son univers et sa personnalité. On le découvre ainsi tantôt ironique et cynique lorsqu’il s’agit d’évoquer notre époque et le bilan de l’année écoulée (L’abstentionniste, En vacances) ou son agacement envers les médias et les critiques (L’interview, 30 minutes après ma mort) ; tantôt faussement désinvolte et joyeux, s’exhortant à aller de l’avant face à ses états d’âme (Fais gaffe à ta solitude) ou aux questions existentielles (La vie con). Puisque, clame-t-il au bout du compte, « La seule chose qui ait du sens / C’est de se barrer en vacances / Voir le soleil se lever / Sous réserve qu’on soit réveillé ». A ses côtés, la chanteuse brésilienne Kiwi da Gama, sa délicieuse compagne toujours présente (Elle est là, Parle-moi), assure avec finesse les chœurs qui habillent ce savant mélange de pop festive et de sonorités venues d’Amérique du Sud, voire d’Afrique. Des morceaux aux rythmes chaloupés de samba ou de bossa alternent avec d’autres plus mélancoliques, sur lesquels la voix nonchalante du dandy se fait plus sensuelle. Un album cohérent et solaire dont les morceaux s’enchaînent avec une fluidité déconcertante.

Dora Balagny


Séverin
Transatlantique
Néon Transatlantique – 2019

Chronique parue dans le numéro 11 de la revue Hexagone.


Voyou – Les bruits de la ville

Les bruits de la ville est le premier album de Thibaud Vanhooland, alias Voyou. Ses textes sont des photographies de la société ; Voyou dépeint avec bienveillance ce qui se déroule devant ses yeux, mêlant pop, électro et bossa nova. Ce trompettiste de formation livre des mélodies léchées qui mettent en valeur les textes de l’album. La fille sans visage rappelle Mon rêve familier de Paul Verlaine, à la fois flou et sensuel, la cristallisation d’un amour impossible. Cet album est néanmoins optimiste, respire la joie et invite à la flânerie. En conteur d’histoires, Voyou vous fait naviguer de morceau en morceau à la découverte d’une nouvelle vague de musique pop. À l’aise avec les mots, il joue avec la langue française, vous accroche à ses textes, vous mène à les apprécier. Ce mélange d’influences et cette langue aiguisée reflètent la créativité de cet artiste complet qui aime maîtriser jusqu’aux arrangements de ses chansons. Dans Les bruits de la ville, pas de politique, pas de chansons engagées mais des instantanés de vie, comme les moments post-rupture de Seul sur ton tandem ou cette déclaration d’amour à sa ville, Lille. Voyou se pose en observateur du monde et nous le fait découvrir tel qu’il le perçoit, avec tendresse. Cette perception acidulée aide à ne pas céder à la déprime ambiante, faisant voir la vie à travers un prisme résolument positif.

Malorie D’Emmanuele


Voyou
Les bruits de la ville
Entreprise – 2019

Chronique parue dans le numéro 11 de la revue Hexagone.


Andréel – L’étrangère

De la bossa nova made in France, voilà ce que nous propose Andréel avec L’étrangère. Ce sixième album nous emmène en voyage au Brésil tout en gardant ses racines françaises. Il doit son nom au film de Feo Aladag, dans lequel l’actrice Sibel Kekilli interprète de sa douce voix la chanson-titre. L’album est engagé sans vraiment que l’on s’en rende compte, menant l’air de rien sa réflexion dans la douceur. Tu as de l’amour évoque la vie d’une femme – son travail, sa famille – qui donne volontiers son amour plutôt que d’être obnubilée par l’argent. Danse propose des sons plus électro, et engage son auditeur à profiter de la vie plus intensément. Écris-moi est un texte plus mélancolique, où un homme attend une lettre comme le signal d’un amour réciproque.

L’opus comporte également quatre duos, où le Brésil et la France se mêlent à l’orient. Cet album a encore pour sujet le harcèlement, la violence faite aux femmes, la prostitution, et dénonce les inégalités : Andréel se pose en homme impliqué, féministe. Mais il sait se faire plus léger, notamment en duo avec Lolita Chammah, dans Un moment excellent. L’étrangère est de fait un excellent prétexte à la divagation constructive, celle qui nous porte à la réflexion et nous pousse à devenir meilleurs, simplement humains.

Malorie D’Emmanuele


Andréel
L’étrangère
Station Anvers – 2019

Chronique parue dans le numéro 11 de la revue Hexagone.


Anne Peko – Ma cantate à Barbara

Nombreux sont depuis quelques années les albums hommages à Barbara. Peu sont aussi réussis que celui d’Anne Peko. Dix-sept titres incarnés par cette artiste polyvalente, qui parvient à respecter l’interprète originale tout en se réappropriant les textes de la Dame en noir. Ces chansons conçues pour la scène ont été enregistrées en public au Petit Théâtre des Variétés en 2018. Pour ce spectacle tout en émotion devenu album, Anne Peko s’est entourée de Pierre-Michel Sivadier, Lou Descamps et Sylvain Rabourdin. Il y a de la folie, de l’émotion dans chacune de ces chansons intemporelles. Il y a de l’espièglerie dans la réinterprétation de Ma plus belle histoire d’amour, des accélérations de rythme qui désacralisent cette déclaration d’amour sobre sans lui faire perdre de son intensité. Les voix masculines en canon accompagnant la voix d’Anne Peko surprennent et donnent Au bois de Saint-Amand une dimension inattendue, ce texte devenant collégial. Soleil noir et Gare de Lyon, entamés en slam, réservent à l’auditeur une accélération plus jazz. Anne Peko dit encore De jolies putes vraiment, dans toute la modernité de ce texte. Les arrangements plus vifs et rythmés n’enlèvent en aucun cas l’émotion transmise par les incontournables que sont L’aigle noir, Nantes ou Göttingen. Anne Peko nous permet d’écouter d’une oreille neuve les grands classiques de Barbara tout en dévoilant son univers artistique. Une réussite en tout point.

Malorie D’Emmanuele


Anne Peko
Ma cantate à Barbara
EPM – 2018

Chronique parue dans le numéro 11 de la revue Hexagone.


CharlElie Couture – Même pas sommeil

Charlélie Couture a bien fait de fuir les « trumperies » de l’Ubu-roi aux cheveux orange. Après quinze ans passés sur sa terre promise, le Franco-Américain est de retour avec un album très inspiré. Même pas sommeil, c’est son nom, et  l’un des titres qui nous dit : non je ne dors pas, je regarde le monde, les yeux grands ouverts ; « c’est la lumière qui m’émerveille ». C’est beau Paris à l’heure des poubelles… Ainsi CharlElie revisite la chanson de Dutronc et Lanzmann pour recréer un tube jazzy entêtant et malicieux.

Même pas sommeil, c’est aussi une façon de résister à la mort, à tout ce qui anesthésie la pensée. À 60 ans passés, ce « multiste » infatigable continue d’écrire, de peindre, de composer, de s’indigner.

Rester éveillé, c’est observer cette planète que l’on va léguer : Toi, ma descendance, Les heures caniculaires. Autre zoom éclairant : Another man blues, ce blues obsédant rappelant une bavure policière – presque ordinaire outre-Atlantique.

Il y a toujours cette façon inimitable de cadrer en quelques traits une scène : le départ à la retraite, moment pathétique, première petite mort avant les autres, dernière apnée sociale avant de plonger au fond comme un Lamantin. On retrouve sa voix singulière, ces airs qui nous baladent entre jazz et blues avec des orchestrations excellemment servies par ses fidèles complices.

Enfin le très beau Résister sister vient conclure l’album. Effet immédiat, vos poils se dressent. On ne résiste pas à ce CharlElie-là.

Gérard Magnet


CharlElie Couture
Même pas sommeil
Rue Bleue – 2019

Chronique parue dans le numéro 11 de la revue Hexagone.


Ramon Pipin – Qu’est-ce que c’est beau

Fondateur des groupes Au Bonheur des Dames et Odeurs, Ramon Pipin revient avec un album solo qui détonne, à la fois drôle et critique envers notre époque. Le regard acerbe et toujours le bon mot pour toucher là où ça fait mal ou se faire un ennemi. Alors oui, on sourit à l’écoute de cet album rock et ça fait du bien ! Autoproduit, pas de censure ni de retenue, mais un réel bol d’air frais. Tout y passe : la dictature dans Polpote Park ou Pyongyang, les prétendues élites dans Le club ou encore les séries avec L’homme du Picardie. Personne n’est épargné par la plume acérée de Ramon Pipin. Le monde de l’entreprise a aussi sa chanson dérangeante et piquante, et Stairway to eleven fait clairement référence à Stairway to heaven de Led Zeppelin ; la chanson est moins mystique, mais grinçante et bien construite. Ramon Pipin manie l’ironie avec brio avec Qu’est-ce que c’est beau, chanson faussement positive, ou Eshté njé tavoliné, qui traite de la création et du fait d’ajouter dans les chansons des mots incompréhensibles dans des langues improbables. Même la nostalgie est mise à mal avec Viandox. Cet album est irrévérencieux au possible et Ramon Pipin, parcourant l’actualité de sa plume moqueuse, s’amuse à donner des coups de pied dans toutes les fourmilières. En poil à gratter de la société, l’artiste n’hésite pas à chanter tout haut ce que certains n’osent même pas penser par bienséance.

Malorie D’Emmanuele


Ramon Pipin
Qu’est-ce que c’est beau
Mon salon records – 2019

Chronique parue dans le numéro 11 de la revue Hexagone.


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