Théâtre de Poche — Saint-Brieuc (22) — le 21 décembre 2025
Certes ce théâtre de Poche porte fort bien son nom, toujours est-il qu’il était, ce dimanche 21 décembre, plein comme un œuf. Qu’y a-t-il d’étonnant à cela ? Pas grand-chose, si l’on observe d’un peu près, pour nombre d’artistes, les spectacles qui attirent le plus de spectateurs dans les salles depuis pas mal d’années déjà. Nous parlons des artistes qui nous passionnent au premier chef, c’est-à-dire les chanteuses, les chanteurs qui n’ont pas l’heur d’être dignement et équitablement diffusés dans quelque média d’envergure nationale. Ces artistes-là, ne bénéficiant pas d’un support médiatique leur permettant de remplir une salle sur leur seul nom — de la remplir « pleinement » dirons-nous, car dans bien des cas il devient difficile en 2026 de déplacer une centaine de spectateurs —, ces artistes-là ont parfois — voire de plus en plus souvent — la nécessité d’inscrire leur nom à l’affiche d’un spectacle de reprises de grandes figures tutélaires de la chanson. Cependant nécessité ne signifie pas pour autant dépit : ces spectacles reposent bel et bien sur un goût, une passion nourrie à l’égard de ces grandes figures. Nous en voyons le signe actuellement à travers nombre de spectacles consacrés au répertoire d’Anne Sylvestre, et nous nous en réjouissons.
Chez Dominique Babilotte, c’est un peu différent. Chez ce Costarmoricain, monter des spectacles de reprises est une spécialité et cela ne date pas d’hier. D’ailleurs le mot « reprises » ne semble pas pertinent, tant Babilotte propose quelque chose de neuf : des spectacles musicaux dans lesquels se combinent interprétation et jeu de comédien. À la dimension du chanteur — « dimension » dans tous les sens du terme, tant la stature du bonhomme en impose. À ses qualités de très bel interprète qu’il est indéniablement, il convient d’ajouter les atours du comédien qu’il endosse avec une évidente facilité. Dans le cas du spectacle Ami, remplis mon verre, dans lequel il incarne un Jacques Brel convaincant, il faut admettre que ses compères Éric Richard au piano et Patrick Fournier à l’accordéon ne montrent pas la même aisance dans le jeu d’acteur, mais empressons-nous d’ajouter que leurs parties musicales sont parfaites et c’est bien là l’essentiel à nos oreilles.

Si Babilotte sait séduire avec ses propres chansons, l’interprétation et la création de spectacles qu’on pourrait appeler « patrimoniaux » sont, pourrait-on dire, sa marotte. Précédemment Nougaro, Reggiani, Pierre Perret ont de sa part fait l’objet de créations originales.
Ami, remplis mon verre entre dans cette sphère babilottienne de transmission et de mise à l’honneur du patrimoine de la chanson francophone. En une vingtaine de chansons, et pas uniquement des tubes (qui se souvient par exemple des Singes, chanson de 1959 ?), dans un décor de bistrot des années 50-60, Dominique Babilotte, flanqué de ses deux musiciens, rappelle de la plus éclatante des façons à quel point Jacques Brel a imprimé quelque chose de définitif dans la mémoire, dans l’art de la création de chanson et dans son interprétation. Pour tout cela aussi, grand bravo, grand merci, Dominique Babilotte, de vous faire gardien du phare.
Article paru dans le numéro 39 de la revue Hexagone (Printemps 2026)




