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Bruno Cariou. Neômme, label au bois dormant

Bruno Cariou. Neômme, label au bois dormant

Cela fait une quinzaine d’années que le lyonnais Bruno Cariou a créé Neômme. Je l’ai rencontré et il raconte l’histoire de ce label, il présente également les 2 soirées prévues sur la scène d’A Thou Bout d’Chant, les 19 et 20 février, avec notamment Amélie-les-crayons, rencontrée pour Hexagone en décembre dernier. Au moment où cet entretien paraît, ces 2 concerts risquent bien d’être complets : avec un tel plateau, ça n’est pas vraiment une surprise. Bruno Cariou présente aussi ce qu’est devenu aujourd’hui le travail d’un label indépendant et comment il conçoit sa relation avec les artistes à une époque où les métiers de la musique sont contraints de se transformer pour faire face aux bouleversements du marché du disque.

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Photo Aurelie Raidron

Hexagone : Que faisais-tu Bruno avant de créer le label Neômme ?
Bruno Cariou : J’ai une maitrise d’Anglais et j’ai été prof pendant 8 ans.

Hexagone : Quand as-tu eu l’idée de créer un label ?
Bruno : J’avais un groupe au lycée puis à la fac, qui s’appelait Silvae. On avait monté une association vers 1990 pour faire des concerts, produire des albums, faire de la promo et de fil en aiguille l’asso s’est transformée en label. En 2001, j’ai rencontré Amélie les Crayons.

Hexagone : Comment s’est passée la rencontre?
Bruno : Je faisais du folk irlandais depuis longtemps dans les bars lyonnais. Il y avait un gars qui venait souvent faire de l’harmonica avec moi. Un jour, il me passe un disque et me dit « j’ai une copine qui fait ça ». Parfois sur les démos, tu as 1 bon morceau et 4 moyens. Là ils étaient tous à tomber ! J’ai donc rencontré Amélie, lui ai parlé du label, de ce qu’on pouvait faire et tout a démarré. Le véritable découvreur d’Amélie-les-crayons donc, c’est cet ami harmoniciste : Olivier Longre !

Hexagone : Et le succès est tout de suite arrivé ?
Bruno : J’ai organisé quelques concerts et chaque fois le public se multipliait par 2. C’était de la folie. Du coup les pros, les festivals, ont suivi assez vite. On a fait un petit disque en 2002, puis l’album Et Pourquoi les Crayons? en 2004. Ont suivi Bourges, Montauban et les tournées folles qu’on connait.

Hexagone : Comment devient-on artiste Neômme ?
Bruno : Il suffit d’envoyer un mail avec un lien vers de la musique. Les critères sont multiples : la qualité du truc, le style, le côté spécial, personnel. Le côté clair aussi. Je ne suis pas fan des trucs branchés tordus où finalement l’artiste ne parle qu’à lui-même.

Hexagone : Combien d’artistes as-tu maintenant dans ton label ?
Bruno : Il y a toujours Amélie. Et puis Sarah Mikovski, Morikan, Faik. Et bien sûr Olivier Longre et Doctor Flanagan ! Mais ce n’est plus vraiment un label dans le sens original du terme : Morikan, Sarah Mikovski et Faik par exemple ont produit eux-mêmes leur premier EP. Le label est devenu un accompagnateur d’artistes. On va faire travailler l’artiste un peu comme un éditeur au sens traditionnel du terme, gommer les défauts, améliorer les techniques, proposer des chemins possibles. Neômme est petit à petit devenu une structure d’accompagnement.

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Photo Aurelie Raidron

Hexagone : Les artistes arrivent chez toi avec leur propre EP ?
Bruno : Il sont leur premier producteur oui. Généralement, ils font leur EP comme ils le souhaitent et ils viennent ensuite me voir pour passer à l’étape suivante. Le format EP a ce rôle, et cette limite. Ensuite, soit tu continues à faire des EP, soit tu construis plus durablement un projet. Moi, je suis une sorte de déclencheur.

Hexagone : Il arrive un moment où il faut trouver de l’argent.
Bruno : Le label peut mettre de l’argent dans un projet pour des enregistrements, des résidences, payer des prestataires, faire un clip… Cet argent provient des ventes de disques ou MP3, des concerts, parfois des fans eux-mêmes (par le crowdfunding que nous n’avons jamais utilisé chez Neômme, mais qui est une nouvelle ressource). Il y a aussi des subventions pour la production de la SACEM, de l’ADAMI, et d’autres structures. La banque par contre, ne joue plus du tout le jeu, tu passes pour un guignol, même après 15 ans d’existence. Il y a l’artiste aussi. Chez Neômme, l’artiste joue vraiment son rôle d’éditeur et finance une partie de ses projets. Neômme ne prend pas d’édition. Donc les artistes touchent 100% de leurs droits. En général, les labels prennent l’édition (voire l’imposent) en prenant 30 à 50% des droits. Suite à la chute des ventes de supports, ils ont là une nouvelle source de revenus. La solution que j’ai choisie me permet d’impliquer les artistes, de les responsabiliser et de leur montrer comment ça se passe financièrement. Ils deviennent les acteurs économiques de leurs projets et on évite ainsi de séparer complètement le producteur de l’artiste. Ca crée pas mal de confiance aussi.

neomme_soiree1920Hexagone : Dans ce système le métier du producteur change mais aussi le métier de l’artiste.
Bruno : Oui tout à fait. L’artiste va être obligé de prendre en compte le coût d’un studio, d’un clip, des affiches d’un concert. L’artiste n’est plus dans son monde artistique uniquement et une structure comme Neômme sert aussi à lui expliquer le fonctionnement de tout le reste. Du coup, en cas de coup dur, tout le monde connaissant la mécanique en marche, comprend rapidement d’où vient le souci.

Hexagone : Peux-tu présenter brièvement les artistes Neômme qui seront sur la scène d’A Thou Bout d’Chant?
Bruno : Ils y seront tous en fait ! Evidemment Amélie-les-crayons, qui nous fait le plaisir de nous rejoindre pour ces deux soirées exceptionnelles et nous réserve quelques surprises ! Sarah Mikovski et sa pop optimiste ! Une écriture et une musique très joyeuse, éclatante ! Morikan, c’est aussi de la chanson mais dessinée sur un univers mélangeant world music et électronique, un côté fantastique donc ! Faïk c’est du folk /americana, romantique un peu, très mélodique en anglais avec des histoires de voyages à la façon « lonesome cow-boy », une voix unique aussi et une générosité contagieuse. Olivier Longre, c’est dans sa tête qu’il voyage, un vrai bricoleur sur de vrais instruments sans électronique. C’est de la musique instrumentale uniquement. Il fabrique des petits mondes qui me font penser aux musiques des westerns de Sergio Leone. Pour les concerts d’A Thou Bout d’Chant, chacun aura son propre univers instrumental et on va essayer de mélanger tout ça sur scène. Il y aura aussi et bien sûr Doctor Flanagan, trio farfelu de folk irlandais dont je fais partie avec Olivier et Guillaume Clary et aussi avec nous Clément Soto (Morikan) et Quentin Allemand aux percussions. On prépare ça au mieux même si on aimerait que ça reste le plus spontané possible. Il y aura des solos, des duos, des trios, des morceaux connus, des nouveaux, et pleins de moments qu’on n’imagine pas encore ! J’ai hâte d’y être !


A Thou Bout d’Chant, soirées Neômme vendredi 19 et samedi 20 à 20h30
Réservation sur le site 
ou par téléphone au 07 56 92 92 89 (nom et nombre de place à indiquer sur le répondeur)

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yveslepape@free.fr

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